La pauvre enfant n'osait ouvrir sa fenêtre; enfin, le signal se fit entendre, elle s'élança contre sa jalousie, et y passa à la fois les deux mains pour chercher celles de Gaëtano. Gaëtano était à son poste, mais froid et contraint. Il sentit lui-même qu'il se trahissait, il voulut lui reparler ce même langage d'amour auquel il l'avait habituée, mais il manquait à sa voix cet accent de conviction qui subjugue, il manquait à ses paroles cette chaleur de l'âme qui entraîne; Gelsomina sentit instinctivement que quelque grand malheur la menaçait, et ne répondit qu'en pleurant. A la vue de ces larmes qui roulaient du visage de Gelsomina sur le sien, Gaëtano retrouva un instant son ancien amour. Gelsomina trompée s'y laissa reprendre. Ce fut elle alors qui demanda pardon à Gaëtano, qui s'accusa d'être inquiète, exigeante, jalouse. Gaëtano tressaillit à ce dernier mot prononcé pour la première fois entre eux; car il sentait qu'il ne pourrait longtemps tromper Gelsomina, habituée qu'elle était à le voir chaque nuit.
Alors il lui chercha une querelle.
—Vous vous plaignez de moi, lui dit-il, Gelsomina, quand ce serait à moi à me plaindre de vous.
—A vous… à vous plaindre de moi! s'écria la jeune fille; mais que vous ai-je donc fait?
—Vous ne m'aimez pas.
—Je ne vous aime pas! Vous dites que je ne vous aime pas, moi! Il dit que je ne l'aime pas, mon Dieu!
Et la jeune fille leva ses yeux tout humides de pleurs vers le ciel, comme pour le prendre à témoin que, si jamais accusation avait été injuste, c'était celle-là.
—Du moins, reprit Gaëtano, embarrassé de soutenir lui-même une assertion dont, au fond de son coeur, il reconnaissait la fausseté; du moins, vous ne m'aimez pas comme je voudrais que vous m'aimassiez.
—Et comment pourrais-je vous aimer plus que je ne le fais? demanda la jeune fille.
—Est-ce aimer véritablement, dit Gaëtano, que de refuser quelque chose à l'homme qu'on aime?