—Que vous ai-je jamais refusé? demanda naïvement Gelsomina.
—Tout, dit Gaëtano; c'est tout refuser que de n'accorder qu'à demi.
Gelsomina rougit, car elle comprit ce que lui demandait son amant.
Puis, après un moment de silence réfléchi de la part de la jeune fille, impatient de la part du jeune homme:
—Écoutez, Gaëtano, lui dit-elle. Vous savez ce qui a été convenu entre mon père et vous. Il me donne mille ducats en mariage, et il a exigé de vous que vous apportassiez une pareille somme; vous lui avez dit que deux ans vous suffiraient pour l'amasser, et vous avez accepté la condition qu'il vous a faite d'attendre deux ans. Moi, de mon côté, vous le voyez, Gaëtano, j'ai fait ce que j'ai pu pour vous rendre l'attente moins longue. Voilà un an que nous nous aimons, et, pour moi du moins, cette année a passé comme un jour. Eh bien! si vous craignez la lenteur de l'année qui nous reste à attendre, si, comme vous le dites, vous croyez, lorsqu'une jeune fille a donné son coeur, qu'il lui reste encore quelque chose à accorder, eh bien! prévenez le prêtre de Sainte-Rosalie, venez me prendre demain à dix heures du soir, au lieu de minuit; munissez-vous d'une échelle pour que je puisse descendre de cette fenêtre, et alors je me rends à l'église de la sainte, le prêtre nous unit secrètement [Note: En Sicile, et même dans tout le reste de l'Italie, où il n'y a pas d'actes de l'état civil, les mariages faits ainsi, même sans le consentement des parents, sont parfaitement valides.], et alors… la femme n'aura plus rien à refuser à son mari.
Gaëtano avait écouté cette proposition en silence et en pâlissant; enfin, voyant que Gelsomina attendait avec anxiété sa réponse:
—Demain! dit-il, demain! Je ne puis pas demain, c'est impossible.
—Impossible! Et pourquoi?
—J'ai fait marché avec deux Anglais pour les conduire aux Iles: c'est cela qui me rendait triste. Je suis forcé de te quitter pour sept ou huit jours, Gelsomina.
—Toi, me quitter pour sept ou huit jours! s'écria Gelsomina en lui saisissant la main comme pour le retenir.