—Ils m'ont offert quarante ducats pour cette course, et j'avais une telle hâte de compléter la somme qu'exigé ton père, que j'ai accepté.

—Ce que tu me dis là est-il bien vrai? demanda la jeune fille, doutant pour la première fois des paroles de son amant,

—Je te le jure, Gelsomina; et, à mon retour, eh bien! nous verrons à faire ce que tu me demandes.

—Ce que je te demande! s'écria la jeune fille étonnée; grand Dieu! Mais est-ce moi qui te prie? Est-ce moi qui te presse? Tu dis que je demande, quand je croyais accorder… Mais nous ne nous comprenons plus, Gaëtano?

—Si fait, Gelsomina; seulement tu te défies de ma parole, et tu ne veux rien accorder qu'à ton mari. Eh bien! soit, à mon retour, je ferai ce que tu exiges.

—Ce que j'exige! Oh, mon Dieu, mon Dieu! s'écria Gelsomina; que s'est-il donc passé entre nos deux coeurs?

Puis, comme deux heures sonnaient, elle tendit sa main à Gaëtano, espérant qu'il la retiendrait encore. Mais Gaëtano, coupable envers Gelsomina, se trouvait mal à l'aise en face d'elle; et, baisant la main de la jeune fille, il sauta à terre en lui disant:

—A huit jours, Gelsomina.

—A huit jours, murmura la jeune fille en laissant retomber la jalousie avec un profond soupir, et en regardant Gaëtano s'éloigner.

Deux fois Gaëtano, sans doute repentant au fond du coeur, s'arrêta pour revenir dire un adieu plus tendre à Gelsomina; deux fois la jeune fille, dans cette espérance, porta vivement la main à la jalousie, toute prête qu'elle était pour le pardon. Mais, cette fois comme la première, le mauvais génie de Gaëtano l'emporta et, continuant de s'éloigner de Gelsomina, il disparut enfin à l'angle de la rue.