La jeune fille resta debout derrière la jalousie, jusqu'à ce qu'elle vit paraître le jour; alors seulement elle se jeta tout habillée sur son lit.

Vers les trois heures de l'après-midi, au moment où le vieux Mario venait de sortir, le juif qui était déjà venu offrir des diamants à Gelsomina entra avec un autre écrin. La jeune fille était assise, les mains sur ses genoux, la tête inclinée sur la poitrine, en proie à une si profonde rêverie, qu'elle ne le vit point entrer, et qu'elle ne s'aperçut de sa présence que lorsqu'il fut tout près d'elle. Elle le regarda, le reconnut, et tressaillit comme si elle eût touché un serpent.

—Que demandez-vous? s'écria-t-elle.

—Je demande, dit le juif, si votre couronne de jasmins et de daphnés suffit toujours à Gaëtano?

—Que voulez-vous dire? s'écria la jeune fille.

—Je dis que c'est un garçon plein d'ambition et d'orgueil; il se pourrait qu'il se lassât de cette simple parure, et qu'il se mît un beau matin en quête d'une couronne plus précieuse.

—Gaëtano m'aime, dit la jeune fille en pâlissant, et je suis sûre de lui comme il est sûr de moi. D'ailleurs, il ne voudrait pas me tromper, il a le coeur trop grand pour cela.

—Si grand, dit le juif en riant, qu'il y a dans ce coeur de la place pour deux amours.

—Vous mentez, dit la jeune fille en essayant de donner à sa voix une assurance qu'elle n'avait pas; vous mentez, laissez-moi.

—Je mens! dit le juif, et si au contraire je te donnais la preuve que je dis la vérité?