Cela rendit quelque courage au pauvre père: à la première entrevue qu'il eut avec sa fille, il lui ouvrit son coeur tout entier, il ne manquait à Gabriello que d'être l'époux de Gelsomina pour que Mario vît en lui un véritable enfant; le lien social seul manquait, car Gabriello avait depuis cinq mois, pour le vieillard, les soins, l'amour et le respect que le fils le plus tendre pourrait avoir pour son père.

Gelsomina tendit la main au vieillard, et lui demanda huit jours pour interroger son coeur.

Ces huit jours, Gelsomina les passa dans la prière et dans la solitude; elle aimait toujours Gaëtano, mais d'un amour qui n'avait plus rien de terrestre, et à la manière dont les enfants du ciel aimaient les fils de la terre. Elle sentait en elle, sinon le désir, du moins la force d'appartenir à un autre, et d'être une digne femme et une digne mère, comme elle avait été une sainte jeune fille.

Lorsque son père revint au jour indiqué, elle lui dit donc que, si son bonheur dépendait de son consentement, elle donnait ce consentement, sinon avec joie, du moins avec résignation. Le vieux Mario tomba presque aux genoux de sa fille, mais elle le prit dans ses bras et sourit à le voir si heureux.

Alors il lui demanda la permission de lui amener Gabriello le lendemain, mais elle lui répondit qu'elle n'avait pas besoin de le voir, qu'elle recevrait un mari des mains de son père, et que ce mari, quel qu'il fût, avait droit à son estime et à son dévouement; que ces deux sentiments étaient les seuls que l'on pouvait exiger d'elle, et que ce serait au temps d'en faire naître un autre.

Le mariage fut fixé à quinze jours; ces quinze jours, Gelsomina les passa en prières et en exercices religieux; puis, le matin du quinzième, elle quitta le couvent pour aller à l'église, où l'attendait son fiancé. Ce fut au pied de l'autel seulement qu'elle rencontra Gabriello, et comme elle ne l'avait vu que déguisé en juif, avec une barbe et une perruque, elle ne le reconnut pas.

Au retour, chacun félicita Gabriello sur son bonheur, chacun lui dit qu'il avait épousé une véritable sainte.

Mais lui se déroba à toutes ces félicitations; il avait une visite à faire.

On annonça au prince de G… que Gabriello l'attendait dans son antichambre.

—Faites entrer, dit le prince.