—Que cet homme se trompe, répondit le prisonnier, comme se sont trompés tous ceux qui étaient au café.

—C'est évident, dit le juge en se retournant une seconde fois vers les greffiers.

—Je me trompe! m'écriai-je en me soulevant malgré ma faiblesse; ah bien! par exemple, en voilà une sévère! Ah! je me trompe!

—Capitaine! s'écria Nunzio, capitaine! Oh mon Dieu! mon Dieu!

—Ah! je me trompe! repris-je. Eh bien! je vous dis, moi, que je ne me trompe pas.

—Le médecin, le médecin! cria Pietro.

En effet, l'effort que j'avais fait en me levant avait dérangé l'appareil, et ma blessure s'était rouverte, de sorte qu'elle saignait de plus belle. Je sentis que je m'en allais de nouveau; toute la chambre valsait autour de moi, et, au milieu de tout cela, je voyais les yeux du prisonnier fixés sur moi avec une expression de joie si étrange, que je fis un dernier mouvement pour lui sauter au cou et l'étrangler. Ce mouvement épuisa ce qu'il me restait de force; un nuage sanglant passa devant mes yeux; je sentis que j'étouffais, je me renversai en arrière, puis je ne sentis plus rien: j'étais retombé dans mon évanouissement.

Celui-là ne dura que sept ou huit heures, et j'en revins comme du premier. Cette fois le médecin était auprès de moi: Pietro l'avait amené, et Nunzio n'avait pas voulu le laisser partir. J'essayai de parler, mais il me mit un doigt sur la bouche en me faisant signe de me taire. J'étais si faible, que j'obéis comme un enfant.

—Allons, ça va mieux, dit le médecin. Du silence, la diète la plus absolue, et humectez-lui de temps en temps la blessure avec de l'eau de guimauve. Tout ira bien. Surtout ne lui laissez voir personne.

—Ah! quant à cela, vous pouvez être tranquille. Quand ce serait le Père éternel lui-même qui frapperait à la porte, je lui répondrais: Vous demandez le capitaine?—Oui.—Eh bien! Père éternel, il n'y est pas.