—Et puis, d'ailleurs, dit Pietro, nous étions là, nous autres, pour veiller à la porte et envoyer promener les juges et les greffiers, s'ils se représentaient.
—Si bien, pour en finir, reprit le capitaine, que personne ne vint que le médecin, que je ne parlai que quand il m'en donna la permission, et que tout alla bien, comme il l'avait dit. Au bout d'un mois je fus sur mes jambes; au bout de six semaines je pus regagner le bâtiment. Quant à l'Anglais, il était parti; mais c'était un brave homme tout de même. Il avait payé à Nunzio le prix convenu, comme s'il avait fait tout le voyage, et il avait encore laissé une gratification à l'équipage.
—Oui, oui, dit Pietro, qui n'était pas fâché sans doute de me donner la mesure de la générosité de l'Anglais, trois piastres par homme. Aussi nous avons joliment bu à sa santé, n'est-ce pas les autres?
—Dame! il l'avait bien mérité, répondit en choeur l'équipage.
—Et vous, capitaine, que fîtes-vous?
—Moi? eh bien! la mer me remit. Je respirais à pleine poitrine, j'ouvrais la bouche que l'on aurait cru que je voulais avaler tout le vent qui venait de la Grèce; un fameux vent, allez. Si nous l'avions seulement pour nous conduire à Palerme, nous y serions bientôt; mais nous ne l'avons pas.
—Peut-être bien que nous ne tarderons pas à en avoir un autre, dit le pilote; mais celui-là ce ne sera pas la même chose.
—Un peu de sirocco, hein? n'est-ce pas, vieux? demanda le capitaine.
Nunzio fit un signe de tête affirmatif.
—Et puis? repris-je, voulant la suite de mon histoire.