—Eh bien! je revins au village Della Pace, où ma femme, que j'avais laissée grosse de Peppino, avait eu une si grande peur, qu'elle en était accouchée avant terme. Heureusement que ça n'avait fait de mal ni à la mère ni à l'enfant; et depuis ce temps-là je me porte bien, à l'exception, comme je vous le disais, que quand je nage trop longtemps, la respiration me manque.

—Mais ce n'est pas tout, dis-je au capitaine, et vous avez fini par avoir l'explication de ce singulier quiproquo?

—Attendez donc, reprit-il, nous ne sommes qu'à la moitié de l'histoire, et encore c'est le plus beau qui me reste à vous raconter. Malheureusement je crois que c'est là que j'ai eu tort!

—Mais non, mais non, dit Pietro; mais je vous dis que non.

—Heu! heu! dit le capitaine.

—Je vous écoute, repris-je.

—Il y avait déjà un an que l'aventure était arrivée, lorsque je retrouvai l'occasion de retourner à Malte. Ma femme ne voulait pas m'y laisser aller; pauvre femme! elle croyait que cette fois-là j'y laisserais mes os; mais je la rassurai de mon mieux. D'ailleurs c'était justement une raison, puisqu'il m'était arrivé du mal à un premier voyage, pour qu'il m'arrivât du bien au second; tant il y a que j'acceptai le chargement. Cette fois il n'était pas question de voyageurs, mais de marchandises.

En effet, la traversée fut excellente; c'était de bon augure. Cependant, je l'avoue, je n'avais pas grand plaisir à rentrer à Malte; aussi, mes petites affaires faites, je revenais bien vite sur le speronare. Bref, j'allais partir le lendemain, et j'étais en train de faire un somme dans la cabine, quand Pietro entra.

—Capitaine, me dit-il, pardon de vous réveiller; mais c'est une femme qui dit qu'elle a besoin de vous parler pour affaires.

—Une femme! et où est-elle, cette femme? demandai-je en me frottant les yeux.