—N'importe. Tant il y a, reprit le capitaine, qu'à partir de ce moment-là il n'y a rien à dire sur lui.
—Aussi, je ne dis rien, reprit Pietro.
—Nous continuâmes de suivre le chemin, et au bout de dix minutes nous étions chez le père Matteo, un bon vieux Sicilien dans l'âme, celui-là, et qui tient une petite auberge à l'Ancre d'or.
—Bonjour, père Matteo, lui dis-je. Voilà ce que c'est: nous avons eu des mots ensemble, monsieur et moi, nous voudrions nous régaler d'un petit coup de couteau; vous avez bien une chambre à nous prêter pour cela, n'est-ce pas?
—Deux, mes enfants, deux, dit le père Matteo.
—Non pas; deux, ce serait de trop, mon brave, une seule suffira. Puis, s'il s'ensuivait quelque chose (nous sommes tous mortels, et un malheur est bien vite arrivé), enfin, s'il s'ensuivait quelque chose, vous savez ce qu'il y a à dire. Nous étions à dîner, monsieur et moi, nous nous sommes pris de dispute, nous avons joué des couteaux, et voilà; bien entendu que, s'il y en a un de tué, c'est celui-là qui aura eu tous les torts.
—Tiens, cela va sans dire, répondit le père Matteo.
—Si je tue monsieur, je n'ai pas de recommandation à vous faire, on l'enterrera décemment et comme un bourgeois doit être enterré; c'est moi qui paie. Si monsieur me tue, il y a de quoi faire face aux frais dans le speronare. D'ailleurs, vous me feriez bien crédit, n'est-ce pas, père Matteo?
—Sans reproche, ça ne serait pas la première fois, capitaine.
—Non, mais ça serait la dernière. Dans ce cas-là, père Matteo, comprenez bien ceci: moi tué, monsieur est libre comme l'air, entendez-vous bien? Il va où il veut et comme il veut: et si on l'arrête, c'est moi qui lui ai cherché noise; j'étais en train, j'avais bu un coup de trop, et il ne m'a donné que ce que je méritais: vous entendez!