—Capitaine Arena, dit une voix, le moribond vous demande. Je me retournai, et je reconnus fra Girolamo.
—Me voilà, mon père, répondis-je en tressaillant.
—Allons, dit Pietro, vous allez probablement savoir la chose; si cela peut se dire, vous nous la raconterez.
Je lui fis signe de la tête que oui et j'entrai.
—Mon frère, dit fra Girolamo en montrant Gaëtano Sferra, pâle comme les draps dans lesquels il était couché, voici un chrétien qui va mourir, et qui désire que vous entendiez sa confession.
—Oui, venez, capitaine, dit Gaëtano d'une voix si faible qu'à peine pouvait-on l'entendre; et puisse Dieu me donner la force d'aller jusqu'au bout!
—Tenez, tenez, dit le père Matteo en entrant et en posant une fiole remplie d'une liqueur rouge comme du sang, sur la table qui était près du lit du mourant; tenez, voilà qui va vous remettre le coeur; buvez-moi deux cuillerées de cela, et vous m'en direz des nouvelles. Vous savez, capitaine, continua-t-il en s'adressant à moi, c'est le même élixir que faisait cette pauvre Julia, qu'on appelait la sorcière, et qui a fait tant de bien à votre oncle.
—Oh! alors, dis-je, en versant la liqueur dans une cuillère, et en approchant la cuillère des lèvres du blessé, buvez; Matteo a raison, cela vous fera du bien.
Gaëtano avala la cuillerée d'élixir, tandis que fra Girolamo refermait la porte derrière Matteo, qui ne pouvait rester plus longtemps, le moribond allait se confesser. A peine l'eut-il bue, que ses yeux brillèrent, et qu'une vive rougeur passa sur son visage.
—Que m'avez-vous donné là, capitaine? s'écria-t-il en me saisissant la main; encore une cuillerée, encore une, je veux avoir la force de tout vous raconter.