—Écoute, lui dis-je, tu ne sais rien, tu n'as rien vu, tu es accourue au bruit, et tu as trouvé ton mari mort.
—Sois tranquille.
—Où te reverrai-je?
—Partout où tu seras.
—Adieu.
—Au revoir.
Je m'élançai comme un fou à travers le jardin, j'escaladai le mur, je me trouvai dans une ruelle. Je n'y voyais plus, je ne savais plus où j'étais, je courus ainsi devant moi jusqu'à ce que je me trouvasse sur la place d'Armes; là, je m'orientai, et rappelant à mon aide un peu de sang-froid, je me consultai sur ce que j'avais de mieux à faire. C'était de fuir; mais à Malte on ne fuit pas facilement; d'ailleurs j'avais sur moi quelques sequins à peine; tout ce que je possédais était chez moi, chez moi aussi étaient des lettres de Lena qui pouvaient être saisies et dénoncer notre amour. La première chose que j'eusse à faire était donc de rentrer chez moi.
Je repris en courant le chemin de la maison. A quelques pas de la porte était un homme accroupi, la tête entre ses genoux: je crus qu'il dormait, comme cela arrive parfois aux mendiants dans les rues de Malte; je n'y fis point attention, et je rentrai.
En deux bonds je fus dans ma chambre; je courus d'abord au secrétaire dans lequel étaient les lettres de Lena, et je les brûlai jusqu'à la dernière; puis, quand je vis qu'elles n'étaient plus que cendres, j'ouvris le tiroir où était l'argent, je pris tout ce que j'avais. Mon intention était de courir au port, de me jeter dans une barque, de troquer mes habits contre ceux d'un matelot, et le lendemain de sortir de la rade avec tous les pêcheurs qui sortent chaque matin. Cela m'était d'autant plus facile que vingt fois j'avais fait des parties de pêche avec chacun d'eux, et que je les connaissais tous. L'important était donc de gagner le port.
Je redescendis vivement dans cette intention; mais au moment où je rouvrais la porte de la rue pour sortir, quatre soldats anglais se jetèrent sur moi; en même temps un homme s'approcha, et m'éclairant le visage avec une lanterne sourde: