Fra Girolamo ne répondit au moribond que par une prière mentale. Gaëtano regardait en pâlissant ce moine qui s'agenouillait sur les péchés d'autrui, et je vis la fièvre de ses yeux qui commençait à s'éteindre; il sentit lui-même qu'il faiblissait.
—Encore une cuillerée de cet élixir, capitaine, dit-il. Et vous, mon père, écoutez-moi d'abord: nous n'avons pas de temps à perdre: vous prierez après.
Je lui fis avaler une gorgée d'élixir, qui produisit le même effet que la première fois. Je vis reparaître le sang sur ses joues, et ses yeux brillèrent de nouveau.
—Où en étions-nous? demanda Gaëtano.
—Vous veniez d'être condamné, lui dis-je.
—Oui. On me conduisit dans mon cachot; trois jours me restaient: trois jours séparent, comme vous savez, la condamnation du supplice.
Le premier jour, le greffier vint me lire l'arrêt, et me pressa d'avouer mon crime, m'assurant que, comme il y avait des circonstances atténuantes, peut-être obtiendrais-je une commutation de peine. Je lui répondis que je ne pouvais avouer un crime que je n'avais pas commis, et je vis qu'il sortait du cachot, ébranlé lui-même de la fermeté de mes dénégations.
Le lendemain ce fut le tour du confesseur. C'était un crime plus grand que le premier peut-être, mais je niai tout, même au confesseur.—Fra Girolamo fit un mouvement.—Mon père, reprit Gaëtano, Lena m'avait toujours dit que, si je mourais avant elle, elle entrerait dans un couvent et prierait pour moi pendant tout le reste de sa vie. Je comptais sur ses prières.
Le confesseur sortit convaincu que je n'étais pas coupable, et sa bouche, en me donnant le baiser de paix, laissa échapper le mot martyr. Je lui demandai si je ne le reverrais pas, il promit de revenir passer avec moi la journée et la nuit du lendemain.
A quatre heures du soir, la porte de ma prison, celle qui donnait dans la chapelle des condamnés, s'ouvrit, et je vis paraître le juge.