—Que me voulez-vous encore? dit-elle; je vous ai déjà dit que je ne sais rien, que je n'ai rien vu; j'étais couchée, j'ai entendu du bruit dans le corridor, j'ai couru; j'ai entendu mon mari crier à l'assassin. Voilà tout.

On fit monter l'Épirote, et on nous confronta avec lui. Lena dit qu'elle ne le connaissait point. Je répondis que je ne me rappelais pas l'avoir jamais vu.

Je n'avais donc réellement contre moi que la déclaration du mort. Le procès se poursuivit avec activité: le juge accomplissait son devoir en homme qui veut absolument avoir une tête. A toute heure du jour et de la nuit, il entrait dans mon cachot pour me surprendre et m'interroger. Cela lui était d'autant plus facile, que mon cachot avait une porte qui donnait dans la chambre des condamnés, et qu'il avait la clef de cette porte; mais je tins bon, je niai constamment.

On mit dans ma prison un espion qui se présenta comme un compagnon d'infortune, et qui m'avoua tout. Comme moi il avait tué un homme, et comme moi il attendait son jugement. Je plaignis le sort qui lui était réservé, mais je lui dis que, quant à moi, j'étais parfaitement tranquille, étant innocent. L'espion, un matin, passa dans un autre cachot.

Cependant, à l'accusation du mort, à la déposition de l'Épirote, s'était jointe une circonstance terrible: on avait retrouvé dans le jardin la trace de mes pas; on avait mesuré la semelle de mes bottes avec les empreintes laissées, et l'on avait reconnu que les unes s'adaptaient parfaitement aux autres. Quelques-uns de mes cheveux aussi étaient restés dans la main du moribond: ces cheveux, comparés aux miens, ne laissaient aucun doute sur l'identité.

Mon avocat prouva clairement que j'étais innocent, mais le juge prouva plus clairement que j'étais coupable, et je fus condamné à mort.

J'écoutai l'arrêt sans sourciller; quelques murmures se firent entendre dans l'auditoire. Je vis que beaucoup doutaient de la justice de la condamnation. J'étendis la main vers le Christ:

—Les hommes peuvent me condamner, m'écriai-je; mais voilà celui qui m'a déjà absous.

—Vous avez fait cela, mon fils, s'écria fra Girolamo, qui n'avait pas sourcillé à l'assassinat, mais qui frissonnait au blasphème.

—Ce n'était pas pour moi, mon père, c'était pour Lena. Je n'avais pas peur de la mort; et vous le verrez bien, puisque vous allez me voir mourir; mais ma condamnation la déshonorait, mon supplice en faisait une femme perdue. Puis, je ne sais quelle vague espérance me criait au fond du coeur que je sortirais de tout cela. D'ailleurs, en vous avouant tout comme je le fais, à vous et au capitaine, est-ce que Dieu ne me pardonnera pas, mon père? Vous m'avez dit qu'il me pardonnerait! Mentiez-vous aussi, vous?