—Non.
—Pourquoi? —Parce que ce sont les hommes qui ont établi ces lois morales et qu'ils les ont établies naturellement à leur avantage.
—Alors, moi qui enfante dans la douleur et dans les cris, les entrailles ouvertes, en face de la mort, je suis, même si j'ai succombé par ignorance, sans savoir ce que je faisais, je suis plus coupable et plus méprisée que l'homme qui de la génération ne connaît que le plaisir?
—Oui.
—C'est souverainement injuste!
—Ça dure ainsi depuis très longtemps; maintenant, c'est consacré.
—Très bien; mais, dans cette société des honnêtes gens, dont nous serions exclues en cas d'unions libres publiquement contractées, nous voyons beaucoup d'unions libres malgré les mariages légaux contractés antérieurement. Nous voyons des hommes mariés qui ont d'autres femmes que les leurs, des femmes mariées qui ont d'autres hommes que leurs maris; tout le monde le sait, personne ne leur dit rien; comment cela se fait-il?
—Ces gens-là ont eu la bonne chance et la précaution de se mettre en règle avec la société par leur mariage.
—Mais la morale?
—Elle n'a rien à voir là dedans; c'est affaire de mœurs.