Je n'avais pas fini ma prière que j'entendis frapper à la porte.
—Entrez, dis-je sans me retourner.
Quelqu'un effectivement, me voyant en prière, s'arrêta en entrant et se tint debout derrière moi.
—Lorsque j'eus achevé mon oraison, je me retournai, et je vis l'Artifaille immobile et droit près de la porte, ayant son sac sous son bras.
—Tiens, me dit-il, je te rapporte tes mille francs.—Mes mille francs?—Oui, et je te tiens quitte des deux mille autres.—Et cependant la promesse que tu m'as faite subsiste?—Parbleu!—Tu te repens donc?—Je ne sais pas si je me repens, oui ou non, mais je ne veux pas de ton argent, voilà tout.
Et il posa le sac sur le rebord du buffet.
Puis, le sac déposé, il s'arrêta comme pour demander quelque chose; mais cette demande, on le sentait, avait peine à sortir de ses lèvres.
—Que désirez-vous? lui demandai-je. Parlez, mon ami. Ce que vous venez de faire est bien; n'ayez pas honte de faire mieux.—Tu as une grande dévotion à Notre-Dame? me demanda-t-il.—Une grande.—Et tu crois que, par son intercession, un homme, si coupable qu'il soit, peut être sauvé à l'heure de la mort? Eh bien! en échange de tes trois mille francs, dont je te tiens quitte, donne-moi quelque relique, quelque chapelet, quelque reliquaire que je puisse baiser à l'heure de ma mort.
Je détachai la médaille et la chaîne d'or que ma mère m'avait passées au cou le jour de ma naissance, qui ne m'avaient jamais quitté depuis, et je les donnai au brigand.
Le brigand posa ses lèvres sur la médaille et s'enfuit.