Le pendu se roulait dans d'horribles convulsions, l'autre cadavre se tenait toujours immobile.
Je compris que le noeud coulant continuait de serrer le cou du pauvre diable. Je me couchai sur lui pour le fixer, et à grand'peine je desserrai le noeud coulant qui l'étranglait.
Pendant cette opération, qui me forçait à regarder cet homme face à face, je reconnus avec étonnement que cet homme était le bourreau.
Il avait les yeux hors de leur orbite, la face bleuâtre, la mâchoire presque tordue, et un souffle, qui ressemblait plus à un râle qu'à une respiration, s'échappait de sa poitrine.
Cependant l'air rentrait peu à peu dans ses poumons, et, avec l'air, la vie.
Je l'avais adossé à une grosse pierre; au bout d'un instant, il parut reprendre ses sens, toussa, tourna le cou en toussant, et finit par me regarder en face.
Son étonnement ne fut pas moins grand que l'avait été le mien.—Oh! oh! monsieur l'abbé, dit-il, c'est vous?—Oui, c'est moi—Et que venez-vous faire ici? me demanda-t-il.—Mais vous-même?
Il parut rappeler ses esprits. Il regarda encore une fois autour de lui; mais, cette fois, ses yeux s'arrêtèrent sur le cadavre.
—Ah! dit-il en essayant de se lever, allons-nous-en, monsieur l'abbé, au nom du ciel, allons-nous-en!—Allez-vous-en si vous voulez, mon ami; mais moi, j'ai un devoir à accomplir.—Ici?—Ici.—Quel est-il donc?—Ce malheureux, qui a été pendu par vous aujourd'hui, a désiré que je vinsse dire au pied du gibet cinq pater et cinq ave pour le salut de son âme.—Pour le salut de son âme? oh! monsieur l'abbé, vous aurez de la besogne si vous sauvez celle-là, c'est Satan en personne.—Comment! c'est Satan en personne?—Sans doute, ne venez-vous pas de voir ce qu'il m'a fait?—Comment, ce qu'il vous a fait, et que vous a-t-il donc fait?—Il m'a pendu, pardieu!—Il vous a pendu? mais il me semblait, au contraire, que c'était vous qui lui aviez rendu ce triste service? —Oui, ma foi! et je croyais l'avoir bel et bien pendu même. Il paraît que je m'étais trompé! Mais comment donc n'a-t-il pas profité du moment où j'étais branché à mon tour pour se sauver?