Grégoriska m'avait parlé de cette puissance que les Moldaves ont sur eux-mêmes, lorsqu'ils ne veulent pas laisser lire dans leurs sentiments. Il en était, lui, un vivant exemple. Il était impossible d'être plus certaine de l'amour d'un homme que je ne l'étais du sien, et cependant, si l'on m'eût demandé sur quelle preuve reposait cette certitude, il m'eût été impossible de le dire; nul, dans le château, n'avait vu sa main toucher la mienne, ses yeux chercher les miens. La jalousie seule pouvait éclairer Kostaki sur cette rivalité, comme mon amour seul pouvait m'éclairer sur cet amour.
Cependant, je l'avoue, cette puissance de Grégoriska sur lui-même m'inquiétait. Je croyais certainement, mais ce n'était pas assez, j'avais besoin d'être convaincue, lorsqu'un soir, comme je venais de rentrer dans ma chambre, j'entendis frapper doucement à l'une de ces deux portes que j'ai désignées comme fermant en dedans; à la manière dont on frappait, je devinai que cet appel était celui d'un ami. Je m'approchai, et je demandai qui était la.
—Grégoriska, répondit une voix, à l'accent de laquelle il n'y avait pas de danger que je me trompasse.
—Que me voulez-vous? lui demandai-je toute tremblante.
—Si vous avez confiance en moi, dit Grégoriska, si vous me croyez un homme d'honneur, accordez moi ma demande.
—Quelle est-elle?
—Éteignez votre lumière, comme si vous étiez couchée, et, dans une demi-heure, ouvrez-moi votre porte.
—Revenez dans une demi-heure fut ma seule réponse.
J'éteignis ma lumière, et j'attendis.
Mon coeur battait avec violence, car je comprenais qu'il s'agissait de quelque événement important.