Grégoriska venait derrière elle.

Je voulus me lever pour le recevoir, mais je retombai sur mon fauteuil.

Il jeta un cri en m'apercevant, et voulut s'élancer vers moi; mais j'eus la force d'étendre le bras vers lui.—Que venez-vous faire ici? lui demandai-je.—Hélas! dit-il, je venais vous dire adieu! je venais vous dire que je quitte ce monde qui m'est insupportable sans votre amour et sans votre présence; je venais vous dire que je me retire au monastère de Hango.—Ma présence vous est ôtée, Grégoriska, lui répondis-je, mais non mon amour. Hélas! je vous aime toujours, et ma grande douleur, c'est que désormais cet amour soit presque un crime.—Alors, je puis espérer que vous prierez pour moi, Hedwige.—Oui; seulement je ne prierai pas longtemps, ajoutai-je avec un sourire.—Qu'avez-vous donc, en effet, et pourquoi êtes-vous si pâle?—J'ai... que Dieu prend pitié de moi, sans doute, et qu'il m'appelle à lui!

Grégoriska s'approcha de moi, me prit une main, que je n'eus pas la force de lui retirer, et, me regardant fixement:—Cette pâleur n'est point naturelle, Hedwige; d'où vient-elle? dites.—Si je vous le disais, Grégoriska, vous croiriez que je suis folle.—Non, non, dites, Hedwige, je vous en supplie, nous sommes ici dans un pays qui ne ressemble à aucun autre pays, dans une famille qui ne ressemble à aucune autre famille. Dites, dites tout, je vous en supplie.

Je lui racontai tout: cette étrange hallucination qui me prenait à cette heure où Kostaki avait dû mourir; cette terreur, cet engourdissement, ce froid de glace, cette prostration qui me couchait sur mon lit, ce bruit de pas que je croyais entendre, cette porte que je croyais voir s'ouvrir, enfin cette douleur aiguë suivie d'une pâleur et d'une faiblesse sans cesse croissantes.

J'avais cru que mon récit paraîtrait, à Grégoriska, un commencement de folie, et je l'achevais avec une certaine timidité, quand, au contraire, je vis qu'il prétait à ce récit une attention profonde.

Après que j'eus cessé de parler, il réfléchit un instant.

—Ainsi, demanda-t-il, vous vous endormez chaque soir à neuf heures moins un quart?—Oui, quelques efforts que je fasse pour résister au sommeil.—Ainsi, vous croyez voir s'ouvrir votre porte? —Oui, quoique je la ferme au verrou.—Ainsi, vous ressentez une douleur aiguë au cou?—Oui, quoique à peine mon cou conserve la trace d'une blessure.—Voulez-vous permettre que je voie? dit-il.—Je renversai ma tête sur mon épaule.

Il examina cette cicatrice.

—Edwige, dit-il après un instant, avez-vous confiance en moi?—Vous le demandez? répondis-je.—Croyez-vous en ma parole?—Comme je crois aux saints Évangiles.—Eh bien! Edwige, sur ma parole, je vous jure que vous n'avez pas huit jours à vivre, si vous ne consentez pas à faire, aujourd'hui même, ce que je vais vous dire:—Et si j'y consens?—Si vous y consentez, vous serez sauvée peut-être.—Peut-être?