VI
SOLANGE.
endant le récit de M. Ledru, la nuit était tout à fait venue. Les habitants du salon n'apparaissaient plus que comme des ombres, ombres non-seulement muettes, mais encore immobiles, tant on craignait que M. Ledru ne s'arrêtât; car on comprenait que, derrière le récit terrible qu'il venait de faire, il y avait un récit plus terrible encore.
On n'entendait donc pas un souffle. Le docteur seul ouvrait la bouche. Je lui saisis la main pour l'empêcher de parler, et, en effet, il se tut.
Au bout de quelques secondes, M. Ledru continua.
—Je venais de sortir de l'Abbaye, et je traversais la place Taranne pour me rendre à la rue de Tournon, que j'habitais, lorsque j'entendis une voix de femme appelant au secours.
Ce ne pouvaient être des malfaiteurs: il était dix heures du soir à peine. Je courus vers l'angle de la place où j'avais entendu le cri, et je vis, à la lueur de la lune sortant d'un nuage, une femme qui se débattait au milieu d'une patrouille de sans-culottes.