Je rentrai chez moi joyeux d'âme comme jamais je ne l'avais été. Était-ce la conscience de la bonne action que j'avais faite, était-ce que déjà j'aimais l'adorable créature?
Je ne sais si je dormis ou si je veillai; je sais que toutes les harmonies de la nature chantaient en moi; je sais que la nuit me parut sans fin, le jour immense; je sais que, tout en poussant le temps devant moi, j'eusse voulu le retenir pour ne pas perdre une minute des jours que j'avais encore à vivre.
Le lendemain, j'étais à neuf heures dans la nie Férou. A neuf heures et demie, Solange parut.
Elle vint à moi et me jeta les bras autour du cou.
—Sauvé, dit-elle, mon père est sauvé, et c'est à vous que je dois son salut! Oh! que je vous aime!
Quinze jours après, Solange reçut une lettre qui lui annonçait que son père était en Angleterre.
Le lendemain, je lui apportai un passe-port.
En le recevant, Solange fondit en larmes.
—Vous ne m'aimez donc pas? dit-elle.
—Je vous aime plus que ma vie, répondis-je; mais j'ai engagé ma parole à votre père, et, avant tout, je dois tenir ma parole.