—Alors, dit-elle, c'est moi qui manquerai à la mienne. Si tu as le courage de me laisser partir, Albert, moi, je n'ai pas le courage de te quitter.
Hélas! elle resta.
VII
ALBERT.
e même qu'à la première interruption du récit de M. Ledru, il se fît un moment de silence.
Silence mieux respecté encore que la première fois, car on sentait qu'on approchait de la fin de l'histoire, et M. Ledru avait dit que, cette histoire, il n'aurait peut-être pas la force de la finir. Mais presque aussitôt il reprit:
—Trois mois s'étaient écoulés depuis cette soirée où il avait été question du départ de Solange, et, depuis cette soirée, pas un mot de séparation n'avait été prononcé.
Solange avait désiré un logement rue Taranne, Je l'avais pris sous le nom de Solange; je ne lui en connaissais pas d'autre, comme elle ne m'en connaissait pas d'autre qu'Albert. Je l'avais fait entrer dans une institution de jeunes filles en qualité de sous-maîtresse, et cela pour la soustraire plus sûrement aux recherches de la police révolutionnaire, devenues plus actives que jamais.
Les dimanches et les jeudis, nous les passions ensemble dans ce petit appartement de la rue Taranne: de la fenêtre de la chambre à coucher, nous voyions la place où nous nous étions rencontrés pour la première fois.