Mon nom prononcé fit que je prêtai attention à ce qu'il disait, et alors je l'entendis raconter toute l'aventure de la veille et du jour; seulement il ajoutait: Il faut que monsieur devienne fou, il n'y avait, pas plus de chat noir et couleur de feu dans la chambre qu'il n'y en avait dans ma main.
Ces quelques mots m'effrayèrent: ou la vision: était réelle, ou elle était fausse; si la vision était réelle, j'étais sous le poids d'un fait surnaturel; si la vision était fausse, si je croyais voir une chose, qui n'existait pas, comme l'avait dit mon domestique, je devenais fou.
Vous devinez, mon cher ami, avec quelle impatience, mêlée de crainte, j'attendis six heures. Le lendemain, sous un prétexte de rangement, je retins mon domestique près de moi; six heures sonnèrent tandis qu'il était là; au dernier coup du timbre j'entendis le même bruit et je revis mon chat.
Il était assis à côté de moi.
Je demeurai un instant sans rien dire, espérant que mon domestique apercevrait l'animal et m'en parlerait le premier; mais il allait et venait dans ma chambre sans paraître rien voir.
Je saisis un moment où, dans la ligne qu'il devait parcourir pour accomplir l'ordre que j'allais lui donner, il lui fallait passer presque sur le chat.
—Mettez ma sonnette sur ma table, John, lui dis-je.
Il était à la tête de mon lit, la sonnette était sur la cheminée; pour aller de la tête de mon lit à la cheminée, il lui fallait nécessairement marcher sur l'animal.
Il se mit en mouvement; mais, au moment où son pied allait se poser sur lui, le chat sauta sur mes genoux.
John ne le vit pas, ou du moins ne parut pas le voir.