Par malheur, pauvre Anzani, il ne pouvait, en même temps qu’il mettait ses exploits sur le compte de l’être imaginaire qu’il avait créé, lui renvoyer ses blessures.

C’était là l’homme dont on m’avait parlé; c’était là l’homme que je désirais connaître, et dont je voulais faire mon ami.

A Saint-Gabriel, j’appris qu’il était, pour affaires, allé à une soixantaine de milles. Je me renseignai, et je montai à cheval pour aller à sa rencontre.

En route, sur la rive d’un petit ruisseau, je trouvai un homme, la poitrine nue et lavant sa chemise;—je compris que c’était cet homme-là que je cherchais.

J’allai à lui, je lui tendis la main, je me nommai.

A partir de ce moment, nous fûmes frères.

Il n’était plus alors dans sa maison de commerce; mais, comme moi, il était entré au service de la république de Rio-Grande. Il commandait l’infanterie de la division Juan Antonio, un des chefs républicains les plus renommés. Comme moi, au reste, il quittait le service, se dirigeant al salto.

Après un jour passé ensemble, nous nous donnâmes nos adresses respectives, et il fut convenu que nous ne ferions rien d’important sans nous prévenir l’un l’autre.

Qu’on me permette un détail qui fera connaître notre misère et notre fraternité.

Anzani n’avait qu’une chemise, mais il avait deux pantalons.