J’étais aussi pauvre que lui en fait de chemises, tandis qu’il était d’un pantalon plus riche que moi.

Nous couchâmes sous le même toit, mais Anzani partit avant le jour et sans me réveiller.

En me réveillant, je trouvai sur mon lit le meilleur de ses deux pantalons.

J’avais vu à peine Anzani, mais Anzani était un homme qu’on jugeait à première vue; aussi, lorsque je pris du service près de la république de Montevideo, et que je fus chargé d’organiser la légion italienne, mon premier soin fut d’écrire à Anzani de venir partager ce travail avec moi.

Il vint, et nous ne nous quittâmes plus jusqu’au jour où, touchant la terre d’Italie, il mourut entre mes bras.

XXXVII
PROFESSEUR DE MATHÉMATIQUES ET COURTIER DE COMMERCE

Je descendis à Montevideo dans la maison d’un de mes amis, nommé Napoléon Castellini. A sa gentillesse et à celle de sa femme je dois beaucoup trop pour m’acquitter jamais autrement que par la reconnaissance que je leur ai vouée, et cela comme à mes autres bien chers G.-B. Cuneo,—cet ami de toute ma vie,—les frères Antonini et Giovanni Risso.

Les quelques écus provenant de la vente de mes peaux de bœuf dépensés, pour ne pas demeurer avec ma femme et mon enfant à la charge de mes amis, j’entrepris deux industries qui, je dois l’avouer, à elles deux et cumulées, suffisaient à peine à mes besoins.

La première était celle de courtier en marchandises; je portais des échantillons de toute espèce sur moi. Je tenais tout, depuis la pâte d’Italie jusqu’aux étoffes de Rouen.

La seconde était celle de professeur de mathématiques dans la maison de l’estimable M. Paolo Semidei.