Mais, au même moment, Lavalleja déploya le drapeau national, bleu, blanc et rouge, comme le nôtre, et aussitôt les cent soixante Orientaux passèrent de son côté.

Les quarante Brésiliens furent faits prisonniers.

La marche de Lavalleja sur Montevideo devint dès lors une marche triomphale, dont le résultat fut que la république Orientale, proclamée par la volonté et l’enthousiasme de tout un peuple, prit rang parmi les nations.


ROSAS

Pendant ce temps, grandissait un nom qui devait être un jour la terreur de la fédération argentine.

Peu de temps après la révolution de 1810, un jeune homme de quinze à seize ans sortait de Buenos-Ayres, abandonnant la ville et gagnant la campagne. Il avait le visage troublé et le pas rapide.

Ce jeune homme s’appelait Juan-Manoel Rosas.

Pourquoi, presque enfant encore, ce fugitif abandonnait-il la maison où il était né? Pourquoi, homme de la ville, allait-il demander un asile aux hommes de la montagne? C’est que lui, qui devait un jour souffleter la patrie, venait de souffleter sa mère, et que la malédiction paternelle le poursuivait.

Cet événement, sans importance d’ailleurs, se perdit bientôt dans le bruit des événements plus sérieux qui s’accomplissaient, et tandis que tous les anciens compagnons du fugitif se réunissaient sous l’étendard de l’indépendance, pour combattre la domination espagnole, lui se perdait dans les pampas, se donnait à la vie du gaucho, adoptait son costume et ses mœurs, devenait un des meilleurs cavaliers et l’un des hommes les plus habiles dans le maniement du lasso et de la bola, de sorte qu’en le voyant si adroit à ces exercices sauvages, celui qui ne l’eût pas connu l’eût pris, non plus pour un homme de la ville, mais pour un homme de la campagne; non plus pour un pueblero fugitif, mais pour un véritable gaucho.