Rosas entra d’abord comme peon, c’est-à-dire comme journalier, dans une estancia, puis il devint capataz,—Garibaldi nous a dit ce que c’était qu’un capataz,—puis mayordomo, titre qui s’explique de lui-même.

En cette dernière qualité, il régissait les biens de la puissante famille Anchorena. C’est de là que date sa fortune comme propriétaire.

Comme notre intention est de faire connaître Rosas sous tous ses aspects, disons, au milieu des événements qui s’accomplissaient, quelle était la situation de son esprit.

Rosas s’était trouvé à Buenos-Ayres pendant les prodiges enfantés par la révolution contre l’Espagne. Alors, celui qui avait le courage cherchait la célébrité sur le champ de bataille; celui qui avait le talent, l’instruction, la prudence, la cherchait dans les conseils. Rosas était ambitieux de célébrité; mais à quelle célébrité pouvait-il atteindre? Quelle renommée pouvait-il acquérir, lui qui n’avait ni le courage du champ de bataille, ni les lumières du conseil? A chaque instant, il entendait résonner quelque glorieux nom à ses oreilles. C’étaient, comme ministres, les noms de Rivadavia, de Pasos, d’Aguero; c’étaient, comme guerriers, les noms de Saint-Martin, de Baleace, de Rodriguez et de Las Heras.

Et tous ces noms, dont le bruit venait de la ville, allaient éveiller l’écho des solitudes; tous ces noms ravivaient en même temps sa haine contre cette ville qui, ayant des triomphes pour tous, n’avait eu pour lui que l’exil.

Mais déjà, à cette époque, Rosas rêvait l’avenir et le préparait. Errant dans les pampas, confondu avec les gauchos, il se faisait le compagnon de misère du pauvre, flattant les préjugés de l’homme des plaines, l’excitant contre le citadin, lui révélant sa force, lui démontrant la supériorité du nombre, et tâchant de lui faire comprendre que, dès qu’elle le voudrait à son tour, la campagne serait maîtresse de la ville, qui si longtemps avait été sa reine.

Cependant les années s’écoulaient, et l’on arrivait à 1820.

C’est alors que Rosas commence à apparaître à l’horizon lointain des pampas, appuyé sur l’influence à laquelle il a soumis l’habitant des plaines.

Nous avons vu ce qui s’était passé à Montevideo. Voyons ce qui se passait à Buenos-Ayres.

La milice de Buenos-Ayres s’insurge contre le gouverneur Rodriguez. Alors un régiment des milices de la campagne, los colorados de las Conchas, les rouges des Conchas, entrent dans la ville, le 5 octobre 1820, ayant à leur tête un colonel à qui Buenos-Ayres est connu, et qui est connu à Buenos-Ayres.