Disons quelques mots des hommes que nous venons de nommer, et faisons un instant revivre leurs spectres accusateurs. Ce sera quelque chose comme la scène de Shakspeare dans Richard III avant la bataille.
Il y a d’ailleurs dans tous ces hommes une saveur de sauvagerie primitive qui mérite d’être connue.
Nous avons commencé par le général Lopez. Une seule anecdote donnera non-seulement une idée de ce chef, mais encore des hommes auxquels il avait affaire.
Lopez était gouverneur de Santa-Fé. Il avait, dans l’Entre-Rios, un ennemi personnel, le colonel Ovando. Ce dernier, à la suite d’une révolte, fut conduit prisonnier au général Lopez.
Le général déjeunait. Il reçut à merveille Ovando, et l’invita à s’asseoir à sa table. La conversation s’engagea entre eux comme entre deux convives auxquels une égalité de condition eût commandé la plus parfaite et la plus égale courtoisie.
Cependant, au milieu du repas, Lopez s’interrompit tout à coup.
—Colonel, dit-il, si je fusse tombé en votre pouvoir, comme vous êtes tombé au mien, et cela au moment du repas, qu’eussiez-vous fait?
—Je vous eusse invité à vous mettre à table, comme vous avez fait vous-même à mon égard.
—Oui, mais après le déjeuner?
—Je vous eusse fait fusiller.