—Adieu, colonel, dit-il.

—Non, pas adieu; au revoir, répondit celui-ci: on ne vit pas longtemps dans des guerres pareilles à celles que nous faisons.

Et, saluant Lopez, il sortit. Cinq minutes après, une fusillade, retentissant sur la porte même de Lopez, lui annonçait que le colonel Ovando avait cessé d’exister.

Passons à Quiroga.

Celui-ci est plus connu de nous. Sa réputation, en traversant les mers, a eu son écho à Paris. La mode s’en est emparée: de 1820 à 1823, on a porté des manteaux à la Quiroga et des chapeaux à la Bolivar; il est probable que ni l’un ni l’autre n’ont jamais porté ni le manteau ni le chapeau que leurs admirateurs adoptaient à deux mille lieues d’eux.

Quiroga, lui aussi, comme Rosas, était un homme de la campagne. Il avait, dans sa jeunesse, servi en qualité de sergent dans l’armée de ligne contre les Espagnols.—Retiré dans son pays natal, la Rioja, il se mêla aux partis internes, devint le maître de son pays, et, une fois arrivé à ce premier degré de puissance, il se jeta dans la lutte des différentes factions de la République, et dans cette lutte se révéla pour la première fois à l’Amérique.

Au bout d’un an, Quiroga était l’épée du parti fédéral. Jamais homme n’a obtenu de pareils résultats par la simple application de la valeur personnelle. Son nom en était arrivé à avoir un prestige qui valait des armées.—Sa grande tactique, au milieu du combat, était d’appeler à lui la plus forte somme de dangers qu’il pouvait réunir, et lorsque, dans la mêlée, il jetait son cri de guerre en faisant frémir dans sa main cette longue lance qui était son arme de prédilection, les plus braves cœurs faisaient alors connaissance avec la crainte.

Quiroga était cruel, ou plutôt féroce; mais, dans sa férocité, il y avait toujours quelque chose de grand et de généreux.—C’était la férocité du lion, et non celle du tigre.

Quand le colonel Pringles, un de ses plus grands ennemis, est fait prisonnier et assassiné après avoir été pris, celui qui l’a assassiné, et qui sert sous les ordres de Quiroga, se présente à celui-ci, croyant avoir gagné une bonne récompense.

Quiroga lui laisse raconter son crime, et à l’instant même le fait fusiller.