Rivera, dont nous venons de prononcer le nom, était un homme de la campagne, comme Rosas, comme Quiroga; seulement, tous ses instincts le portaient à la civilisation, ce qui faisait de lui l’opposé de Rosas. Comme homme de guerre, la bravoure de Rivera n’a point été surpassée; comme homme de parti, sa générosité n’a pas été atteinte. Pendant trente-cinq ans, on l’a vu figurer dans les scènes politiques de son pays. Pendant trente-cinq ans, on l’a vu sauter sur ses armes au moment même où le mot: Guerre à l’étranger! a été prononcé.
Lorsque la révolution contre l’Espagne commença, il sacrifia sa fortune; car, pour lui, c’était un besoin irrésistible que de donner; il n’était pas généreux, il était prodigue.
Et, de même que Rivera était prodigue envers les hommes, Dieu avait été prodigue envers lui. C’était un beau cavalier, dans le sens du mot espagnol caballero, qui comprend à la fois le soldat et le gentilhomme; au teint brun, à la taille élevée, au regard perçant, causant avec grâce, et entraînant ses interlocuteurs dans le cercle fascinateur d’un geste qui n’appartenait qu’à lui; aussi a-t-il été l’homme le plus populaire de l’État oriental; mais, il faut le dire, jamais, en même temps, plus mauvais administrateur ne désorganisa les ressources pécuniaires d’un peuple. Il avait dérangé sa fortune particulière, il dérangea la fortune publique, non pour se reconstituer une fortune, mais parce que, homme public, il avait conservé toutes les façons princières de l’homme privé.
Mais à l’époque où nous voilà arrivés, cette ruine ne se faisait pas encore sentir. Rivera commençait sa présidence, et sa présidence était entourée des hommes les plus capables du pays: Obez, Herrera, Vasquez, Alvarez, Ellauri, Luiz-Édouard Perez, étaient véritablement, sinon ses ministres, du moins les directeurs de son gouvernement; et avec ces hommes, tout ce qui était progrès, liberté et prospérité était assuré à ce beau pays.
Obez, le premier des amis de Rivera, était un homme d’un caractère antique; son patriotisme, sa grandeur, ses talents éminents, son instruction profonde, le mettent au nombre des grands hommes de l’Amérique. Pour que rien ne manquât à sa popularité, il est mort dans la proscription, une des premières victimes du système de Rosas dans l’État oriental.
Luiz-Édouard Perez était l’Aristide de Montevideo. Républicain sévère, patriote exalté, il consacra sa longue existence à la vertu, à la liberté et à son pays.
Vasquez, homme de talent et d’instruction, commença de rendre ses premiers services au pays au siége de Montevideo, dans la guerre contre l’Espagne, et finit sa carrière pendant le siége contre Rosas.
Herrera, Alvarez et Ellauri, beaux-frères d’Obez, ne restèrent point en arrière de ceux que nous avons nommés; ils appartiennent non-seulement à l’État oriental comme défenseurs dévoués, mais encore à la cause américaine tout entière.
Aussi leurs noms seront-ils toujours sacrés à cette vaste terre de Colomb, qui s’étend du cap Horn au détroit de Behring.