Le gouvernement génevois, craignant de se brouiller d’un côté avec la France, de l’autre avec le Piémont, voyait de mauvais œil ce mouvement.—Il voulut s’opposer au départ de la colonne de Carange, que commandait Ramorino; mais le peuple se souleva, et force fut au gouvernement de laisser la colonne se mettre en route.
Il n’en fut point de même avec celle qui partait de Nyons.
Deux barques mirent à la voile, portant, l’une des hommes, l’autre des armes.
Un bateau à vapeur du gouvernement, lancé à leur poursuite, séquestra les armes et arrêta les hommes.
Ramorino, ne voyant pas arriver la colonne qui devait se joindre à lui, au lieu de poursuivre sa marche sur San-Juliano, se mit à côtoyer le lac.
Longtemps on marcha sans savoir où l’on allait: nul ne connaissait les desseins du général; le froid était intense, les chemins étaient déplorables.
A part quelques Polonais, la colonne était composée de volontaires italiens, impatients de combattre, mais se lassant facilement de la longueur et des difficultés du chemin.
Le drapeau italien traversait quelques pauvres villages; aucune voix amie ne le saluait; on ne rencontrait sur la route que des curieux ou des indifférents.
Fatigué de ses longs travaux, Mazzini, qui avait déposé la plume pour le fusil, suivait la colonne; brûlé d’une fièvre ardente, à demi mort, il se traînait par l’âpre chemin, la douleur écrite au front.
Déjà plusieurs fois il avait demandé à Ramorino quelles étaient ses intentions, et quelle route il suivait.