Mais ce qui était facile à promettre en 1815, était difficile à tenir en 1821.
Dès 1820, le carbonarisme s’était répandu en Italie. Dans un livre qui est plus un livre qu’un roman, dans Joseph Balsamo, nous avons écrit l’histoire de l’illuminisme et de la franc-maçonnerie.
Ces deux grands ennemis de la royauté, dont la devise était ces trois initiales: L. P. D., c’est-à-dire Lilia Pedibus Destrue, eurent une grande part à la révolution française. Swedenborg, dont les adeptes assassinaient Gustave III, était mage. Presque tous les jacobins et grand nombre de cordeliers étaient maçons, Philippe-Égalité était grand orient.
Napoléon prit la maçonnerie sous sa protection; mais, en la protégeant, il la faussa, la détourna de son but, la plia à sa convenance, et en fit un instrument de despotisme.
Ce n’est point la première fois que l’on a forgé des chaînes avec des épées. Joseph Napoléon fut grand maître de l’ordre; l’archichancelier Cambacérès, grand maître adjoint; Joachim Murat, second grand maître adjoint. L’impératrice Joséphine étant à Strasbourg, en 1805, présida la fête de l’adoption de la loge des Francs-Cavaliers de Paris. Dans ce même temps, Eugène de Beauharnais était vénérable de la loge de Saint-Eugène de Paris. Venu depuis en Italie, avec la dignité de vice-roi, le Grand Orient de Milan le nomma maître et souverain commandeur du suprême conseil du trente-deuxième grade,—c’est-à-dire lui accorda le plus grand honneur que l’on pût lui faire, selon les statuts de l’ordre.
Bernadotte était maçon; son fils, le prince Oscar, fut grand maître de la loge suédoise; dans les différentes loges de Paris, furent successivement initiés: Alexandre, duc de Vurtemberg; le prince Bernard de Saxe-Veimar, et jusqu’à l’ambassadeur persan, Askeri-Khan; le président du sénat, comte de Lacépède, présidait le Grand Orient de France, duquel étaient officiers d’honneur les généraux Kellermann, Masséna et Soult. Les princes, les ministres, les maréchaux, les officiers, les magistrats, tous les hommes enfin remarquables par leur gloire ou considérables par leur position, ambitionnaient de se faire recevoir maçons. Les femmes elles-mêmes voulurent avoir leurs loges, dans lesquelles entrèrent: mesdames de Vaudemont, de Carignan, de Girardin, de Narbonne, et beaucoup d’autres dames de grandes maisons; cependant, une seule fut reçue, non pas comme sœur, mais comme frère. C’était la fameuse Xaintrailles, à laquelle le premier consul avait donné un brevet de chef d’escadron[1].
[1] Giuseppe la Farina, Storia d’Italia.
Mais ce n’était pas en France seulement que florissait alors la maçonnerie.
Le roi de Suède, en 1811, instituait l’ordre civil de la maçonnerie. Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, avait, vers la fin du mois de juillet de l’année 1800, approuvé par édit la constitution de la grande loge de Berlin. Le prince de Galles ne cessa de gouverner l’ordre, en Angleterre, que lorsqu’en 1813 il fut nommé régent. Enfin, dans le mois de février de l’année 1814, le roi de Hollande, Frédéric-Guillaume, se déclara protecteur de l’ordre, et permit que le prince royal, son fils, acceptât le titre de vénérable honoraire de la loge de William-Frédéric d’Amsterdam.
Lors du retour des Bourbons en France, le maréchal Bournonville pria le roi Louis XVIII de mettre l’ordre sous la protection d’un membre de sa famille; mais Louis XVIII était homme de bonne mémoire, il n’avait pas oublié la part qu’avait eue la maçonnerie à la catastrophe de 1793; en conséquence, il répondit qu’il ne permettrait jamais à un membre de sa famille de faire partie d’une société secrète, quelle qu’elle fût.