En Italie, la maçonnerie tomba avec la domination française; mais en ses lieu et place commença d’apparaître le carbonarisme, qui semblait reprendre la tâche où la maçonnerie l’avait abandonnée, pour la continuer dans son sens libérateur.

Deux autres sectes pointaient à côté de celle-là:

L’une qui s’appelait la Congrégation catholique, apostolique et romaine;

L’autre, la Consistoriale.

Les membres de la Congrégation avaient, pour signe de reconnaissance, un cordon de soie jaune paille avec cinq nœuds. Les affiliés aux ordres inférieurs ne parlaient que d’actes de piété et de bienfaisance; quant aux secrets de la secte, connus seulement des hauts grades, on n’en pouvait parler que lorsqu’on était deux; un troisième, survenant, faisait cesser à l’instant même la conversation; le mot de passe des congréganistes était Eleuteria, c’est-à-dire Liberté; la parole secrète était Ode, c’est-à-dire Indépendance.

Cette secte, née en France parmi les néocatholiques, et dont furent plusieurs de nos meilleurs et de nos plus constants républicains, avait franchi les Alpes, était passée en Piémont, et de là en Lombardie; mais, une fois là, elle eut peu d’adeptes, et ne tarda point à s’éteindre, les agents secrets de l’Autriche étant parvenus à se procurer, à Gênes, les patentes que l’on délivrait aux initiés, ainsi que les statuts et les signes de reconnaissance.

La Consistoriale était principalement dirigée contre les Autrichiens; à sa tête se trouvaient les princes d’Italie qui n’appartenaient point à la maison de Hapsbourg; elle était présidée par le cardinal Gonsalvi; le seul prince qui n’en fût pas exclu était le duc de Modène. De là, lorsque cette ligue fut connue, les terribles persécutions de ce prince contre les patriotes: il avait à se faire pardonner sa désertion par l’Autriche, et il ne fallut pas moins que le sang de Menotti, son compagnon de conspiration, pour le raccommoder avec elle.

Les consistorialistes avaient pour but d’arracher l’Italie à François II et de se la partager. Outre Rome et la Romagne qu’il gardait, le pape acquérait la Toscane. L’île d’Elbe et les Marches passaient au roi de Naples; Parme, Plaisance et une partie de la Lombardie, avec le titre de roi, au duc de Modène; Massa, Carare, Lucques, au roi de Sardaigne; enfin, l’empereur de Russie Alexandre, qui, par aversion pour l’Autriche, favorisait ces secrets desseins, avait soit Ancône, soit Civitta-Vecchia, soit Gênes, pour s’y faire un établissement dans la Méditerranée.

Ainsi, vous le voyez, sans consulter les peuples ni les délimitations territoriales naturelles, cette dernière ligue se partageait les âmes comme font, après une razzia, les Arabes d’un troupeau conquis; et ce droit, qu’a la dernière créature née sur le sol européen, de se choisir son maître et de n’entrer comme domestique que chez celui qui lui convient, ce droit était refusé aux nations.

Par bonheur, un seul de tous ces projets, celui que se promettaient les carbonari, était selon le cœur de Dieu; aussi celui-là est-il en train de s’accomplir!