Les dix ou douze hommes que j’avais envoyés en reconnaissance revinrent tous avec une réponse uniforme:
—Nous n’avons rien vu.
Il faisait un grand brouillard, et à l’aide de ce brouillard l’ennemi avait pu échapper à leurs recherches.
Je résolus de ne pas m’en rapporter absolument à l’intelligence de l’homme, mais d’interroger l’instinct des animaux.
Ordinairement, lorsque quelque expédition de ce genre s’accomplit, et que des hommes d’un autre pays viennent autour d’une estancia tendre quelque embuscade, les animaux, qui sentent l’étranger, donnent des signes d’inquiétude, auxquels ceux qui les interrogent ne se trompent jamais.
Les bestiaux, chassés par mes hommes, se répandirent tout autour de l’estancia, sans manifester qu’il se passât quelque chose d’inusité aux environs.
Dès lors, je crus n’avoir plus de surprise à craindre; j’ordonnai à mes hommes de déposer leurs fusils tout chargés, ainsi que leurs munitions, dans des râteliers que j’avais fait pratiquer dans le galpon, et je leur donnai l’exemple de la sécurité en me mettant à déjeuner et en les invitant à en faire de même.
C’était, d’habitude, une invitation qu’ils acceptaient sans se faire prier.
Dieu merci! les vivres ne manquaient pas.
Le déjeuner fini, j’envoyai chacun à sa besogne.