Ainsi la révolution, partie d’Ancône, avait gagné Naples et était revenue à Turin. Trois volcans s’étaient ouverts en Italie, sans compter celui d’Espagne, et la Lombardie s’agitait dans un triangle de feu.

Le roi Victor-Emmanuel Ier, on se le rappelle, avait engagé à la Sainte-Alliance sa parole de ne faire au peuple aucune concession.

Le surlendemain, pour rester fidèle à sa promesse, le roi Victor-Emmanuel abdiquait en faveur de son frère Carlo-Felice, alors à Modène, et nommait régent le prince de Carignan, qui fut depuis le roi Charles-Albert.

C’était un grand malheur pour les patriotes que cette abdication d’un prince au cœur italien, en faveur d’un prince tout dévoué à l’Autriche.

Aussi, Santa-Rosa, l’un des premiers promoteurs du mouvement, s’écriait-il:

«O nuit du 13 mars 1821, nuit fatale à ma patrie, qui nous as découragés tous, qui as abaissé tant d’épées levées pour la défense de la patrie, qui as brisé tant de chères espérances! Avec le roi Victor-Emmanuel, la nationalité du Piémont l’emportait; la patrie était dans le roi, elle se personnifiait dans ce cœur loyal, et nous avions fait cette révolution en criant: «Courage! il nous pardonnera peut-être un jour de l’avoir fait roi de six millions d’Italiens.»

Mais il n’en était point ainsi avec Carlo-Felice; on retombait sous le joug de l’Autriche, et tout était à recommencer.

Cependant tout espoir ne fut point perdu; le 14 mars, le prince de Carignan, comme régent, parut au balcon; et au milieu des immenses acclamations du peuple, il proclama la constitution d’Espagne.

Comme ce fait devait, dans l’avenir, avoir un immense retentissement; comme le roi Charles-Albert devait un jour démentir le prince de Carignan, citons, non-seulement le fait de la constitution proclamée de vive voix, mais encore le texte même de l’affiche qui fut appliquée sur les murs de Turin.

En voici la traduction littérale: