Une marche obstinée de huit jours, à vingt-cinq milles par jour, nous conduisit sous les murs de la place.

C’était une de ces nuits d’hiver, pendant lesquelles un abri et du feu sont un bienfait de la Providence, et nos pauvres soldats de la liberté, affamés, vêtus de lambeaux, les membres roidis par le froid, le corps glacé par la pluie d’une effroyable tempête, notre compagne pendant la plus grande partie de la marche, s’avançaient silencieux contre les forts et les tranchées, garnis de sentinelles.

A peu de distance des murailles, on laissa les chevaux des chefs sous la garde d’un escadron de cavalerie, commandé par le colonel Amaral, et chacun rassemblant ses pauvres forces, se prépara au combat.

Le qui-vive de la sentinelle fut le signal de l’assaut; la résistance fut faible et de peu de durée sur les murailles, et à peine si les canons des forts firent feu. A une heure et demie du matin nous livrions l’assaut, à deux heures nous nous emparions des tranchées et des trois ou quatre forts qui les garnissaient, et qui furent pris à la baïonnette.

Maîtres de toute la tranchée, maîtres des forts, entrés dans la ville, il semblait impossible qu’elle nous échappât.—Eh bien! cette fois encore ce qui semblait devoir être impossible nous était réservé.—Une fois dans les murs, une fois dans les rues de San José, nos soldats crurent que tout était fini: la plus grande partie se dispersa, entraînée par l’appât du pillage.—Pendant ce temps, revenus de leur surprise, les impériaux se réunirent dans un quartier fortifié de la ville. Nous les y attaquâmes, mais ils nous repoussèrent; les chefs cherchaient de tous côtés des soldats pour renouveler les attaques,—la recherche était inutile,—ou si l’on rencontrait quelques-uns d’entre eux, on les trouvait ou chargés de butin, ou ivres, ou bien ayant cassé ou endommagé leurs fusils à force de briser ou d’enfoncer les portes des maisons.

L’ennemi, de son côté, ne perdait pas de temps: plusieurs bâtiments de guerre qui se trouvaient dans le port prirent position, enfilant de leurs batteries les rues où nous nous trouvions. On fit demander du secours à Rio-Grande du Sud, ville située sur la rive opposée de l’embouchure de Los Patos, tandis qu’un seul fort, que nous avions négligé d’occuper, servait de refuge à l’ennemi.—Le premier de tous ces forts, celui de l’Empereur, dont l’occupation nous avait coûté un glorieux et meurtrier assaut, fut rendu inutile par une explosion terrible de la poudrière, qui nous tua bon nombre de gens.—Enfin le plus glorieux des triomphes était changé, vers midi, en la plus honteuse retraite; les bons pleuraient de rage et de désespoir.—Comparativement à notre situation et aux efforts faits par nous, notre perte fut immense.

A partir de ce moment, notre infanterie ne fut plus qu’un squelette; quant au peu de cavalerie qui était venue à l’expédition, elle servit à protéger la retraite.

La division rentra dans ses logements de Bella Vista, et moi je restai à Saint-Simon avec la marine.

Toute ma troupe était réduite à une quarantaine d’hommes, officiers et soldats.

XXXIII
ANITA