Sur ces entrefaites, la nuit vint, et l’ennemi put librement achever de passer le fleuve.

Au milieu de ses brillantes qualités, dont je crois avoir fait la part, je signalerai quelques défauts du général Bento Gonzales: le plus déplorable d’entre eux était une certaine hésitation, cause probable des désastreuses issues de ses opérations. On eût désiré qu’au lieu de lancer ces cinq cents hommes, si inférieurs en nombre à ceux qu’ils attaquaient, on eût poussé contre l’ennemi, non-seulement tout ce que nous avions de fantassins, mais encore notre cavalerie mise à pied, puisque, à cause de la difficulté du terrain, elle ne pouvait combattre à sa manière accoutumée; une telle manœuvre nous eût certainement donné une splendide victoire, si, faisant perdre pied à l’ennemi, nous parvenions à le jeter dans le fleuve; mais, par malheur, le général craignit d’aventurer toute son infanterie, la seule qu’il eût, la seule qu’eût la République.

En tout cas, le résultat fut, de notre part, une irréparable perte, ne sachant comment remplacer nos braves fantassins, tandis qu’au contraire l’infanterie faisait la principale force de l’ennemi, et que de nombreuses recrues comblaient aussitôt le vide fait dans ses rangs.

L’ennemi, en somme, resta sur la rive droite du Taquari, maître par conséquent de toute la campagne. Quant à nous, nous reprîmes la route de Mala Casa.

Toutes ces fausses manœuvres empiraient la situation de la République. Nous revînmes à San Leopoldo et à la Settembrina; enfin à notre ancien camp de Mala Casa, abandonné au bout de quelques jours pour celui de Bella Vista.

Une opération imaginée vers ce temps par le général eût pu nous remettre en excellente position si la fortune avait, comme elle le devait, secondé les efforts de cet homme aussi malheureux que supérieur.

XXXII
ASSAUT DE SAN JOSÉ DU NORD

L’ennemi, pour être en état de faire ses excursions dans la campagne, avait été forcé de dégarnir d’infanterie ses places fortes;—San José du Nord était particulièrement affaibli.

Cette place, située sur la rive septentrionale de l’embouchure du lac de Los Patos, était une des clefs de la province, aussi bien sous le rapport commercial que sous le rapport politique;—sa possession eût pu changer la face des choses, si assombries pour les républicains en ce moment; sa prise devenait plus qu’utile,—elle était nécessaire.—En effet, la ville renfermait des objets de tout genre, indispensables à l’habillement du soldat, qui, de notre côté, était dans l’état le plus déplorable; or, non-seulement sur ce point, et sur celui de son importance dominatrice de l’unique port de la province, San José du Nord méritait que l’on fît tous les sacrifices pour s’en emparer, mais encore de ce côté seulement on trouvait l’atalaga, c’est-à-dire le mât des signaux des bâtiments, lequel leur indiquait la profondeur des eaux à l’embouchure.

Il arriva par malheur, dans cette expédition, la même chose qui était arrivée à Taquari.—Conduite avec une admirable sagesse et un profond secret, on en perdit tout le fruit pour avoir hésité à frapper le dernier coup.