[10] Qu’on nous permette de nous servir de l’expression italienne, qui n’a pas d’équivalent en français; della gente veut tout dire: des hommes, des femmes, des enfants, des voyageurs, des négociants, des flâneurs, etc., etc.
XXXIV
LEVÉE DU SIÉGE—ROSSETTI
Cependant la situation de l’armée républicaine empirait de jour en jour; ses besoins devenaient plus grands, ses ressources moindres; les deux combats de Taquari et de San Jose du Nord, avaient décimé l’infanterie, qui, quoique peu nombreuse, était le nerf des opérations du siége. Les suprêmes besoins engendrèrent la désertion; les populations, comme il arrive dans ces guerres par trop prolongées, se lassèrent; la maladie de l’indifférence, la pire de toutes, les prit, et de chaque côté on sentit que le moment était venu d’en finir.
Dans cet état de choses, les impériaux firent des propositions d’accommodement, qui, bien qu’avantageuses relativement pour les républicains, furent refusées par eux: ce refus augmenta le mécontentement dans la partie la plus malheureuse, et par conséquent la plus fatiguée de l’armée et du peuple; enfin on décida que le siége serait abandonné et que l’on se retirerait.
La division Canavarro, dont faisaient partie les marins, fut désignée pour commencer le mouvement, et ouvrir les passages de la serra, occupés par le général Labattue, Français au service de l’empereur. Bento Gonzalès, avec le reste de l’armée, marcherait à la queue et formerait l’arrière-garde.
La garnison républicaine de Settembrina devait le suivre et marcher la dernière; mais elle ne put exécuter ce mouvement; surprise par le fameux Morinque, la ville fut emportée.
Là fut tué mon cher Rossetti.
Tombé de cheval après avoir fait des prodiges de valeur, blessé dangereusement, sommé de se rendre, il aima mieux se faire tuer que de donner son épée.
Encore une âpre blessure pour mon cœur. On m’a entendu parler plus d’une fois de Rossetti, on sait combien je l’aimais; qu’on me permette donc, si insuffisante que soit ma plume, de dire à l’Italie ce que tant de fois je lui ai dit déjà:
O Italie, ma mère, nous venons de perdre, moi un de mes frères les plus chers; et toi, un de tes fils les plus généreux!