Mais l’objet pour lequel j’étais parti me tenait trop au cœur, pour m’arrêter en chemin, et, malgré les observations de ce bon ami, je me remis en chemin, par ces plaines qui ressemblaient à un vaste lac. A la distance de quelques milles, j’entendis une vive fusillade du côté que je venais de quitter; il me vint quelques soupçons pleins d’angoisse, mais je ne pouvais revenir sur mes pas.
J’arrivai donc à la Settembrina, où j’achetai les quelques effets dont j’avais besoin; après quoi, toujours inquiet de cette fusillade, je me remis en route pour Saint-Simon; en repassant à la Rossa-Velha, je sus la cause du bruit que j’avais entendu, et le triste événement arrivé le jour même de mon départ.
Morinque,—le même qui m’avait surpris à Camacua, et que mes quatorze hommes et moi avions forcé de battre en retraite, avec un bras cassé,—Morinque avait surpris le capitaine Massimo, tous ses gens et tous ses quadrupèdes, la majeure partie des chevaux; les meilleurs avaient été embarqués, les autres tués. Morinque avait exécuté cette surprise avec des navires de guerre et de l’infanterie; après quoi, ayant rembarqué ses fantassins, il s’était, avec sa cavalerie, dirigé sur Rio-Grande du Nord, en épouvantant sur sa route tous les petits partis républicains qui, se croyant en sûreté, s’étaient éparpillés sur le territoire; parmi eux se trouvaient mes quelques marins, qui furent forcés de se réfugier dans la forêt.
Mon premier cri, on le comprend bien, fut: «Anita! Qu’est devenue Anita?»
Anita, le douzième jour après ses couches, par une effroyable tempête, était montée à cheval, à moitié nue, et son pauvre enfant en travers de sa selle, avait été obligée de se réfugier dans la forêt.
Je ne retrouvai donc au rancho, ni Anita, ni les bonnes gens qui lui avaient donné l’hospitalité; mais je les rejoignis à la lisière d’un bois où ils se tenaient, ne sachant pas exactement où en était l’ennemi, et s’ils avaient encore quelque chose à craindre.
Nous retournâmes à Saint-Simon, et nous y restâmes quelque temps encore; de là nous changeâmes notre camp, et l’établîmes sur la rive gauche du Capivari, c’est-à-dire sur le même fleuve où, une année auparavant, nous travaillions à transporter en chars nos bâtiments pour l’expédition de Sainte-Catherine, expédition qui nous avait si mal réussi.
Hélas! là, mon cœur avait battu, gonflé d’espérances qui s’étaient tristement évanouies.
Le Capivari se forme de différents ruisseaux échappés des lacs nombreux qui garnissent la partie septentrionale de la province de Rio-Grande, sur les côtes de la mer et sur le versant oriental de la chaîne de l’Espinano, il prend son nom de la capinara, espèce de roseaux très-communs dans l’Amérique méridionale, et qui dans les colonies se nomment capineios.
De Capivari et de Sangrador do Abreu, canal qui sert de communication entre un marais et un lac où nous avions réuni quelques canots avec des peines inouïes, nous fîmes quelques voyages à la côte occidentale du lac, établissant des communications entre les deux rives, et transportant della gente[10].