En effet, c’était chose étrange à voir, que cette vaillante montée sur un ardent coursier demandé et obtenu dans une maison où elle avait reçu l’hospitalité, et cela, pendant une nuit de tempête, se ruant au galop à travers les rochers, à la lueur des éclairs et aux bruits de la foudre; car telle fut réellement cette nuit de malheur. Quatre cavaliers, placés au passage du fleuve Canoas, s’enfuirent à l’aspect de cette vision, se précipitant derrière les buissons de la rive; pendant ce temps, Anita arrivait elle-même sur le bord du torrent; le torrent, gonflé par les pluies, doublé par les ruisseaux descendus des montagnes, était devenu un fleuve; et cependant elle le traversait, ce fleuve furieux, non plus comme elle avait fait quelques jours auparavant dans une bonne barque, mais à la nage, mais cramponnée à la crinière de son cheval, que sa voix encourageait.

Le flot se précipitait en grondant, non pas dans un étroit espace, mais sur une étendue de cinq cents pas. Eh bien, saine et sauve elle atteignit l’autre rive.

Une tasse de café, avalé à la hâte à Lages, fut tout ce que prit l’intrépide voyageuse, pendant l’espace de quatre jours qu’elle mit à rejoindre à Vaccaria, le corps du colonel Aranha.

Là, nous nous retrouvâmes, Anita et moi, après une séparation de huit jours, et nous étant crus morts tous les deux.

On juge quelle joie fut la nôtre.

Eh bien, une plus grande joie encore m’attendait le jour où mon Anita, sur la péninsule qui ferme la lagune de Los Patos du côté de l’Atlantique, mit au jour, dans un rancho où elle avait reçu la plus généreuse hospitalité, notre bien-aimé Menotti.

L’enfant vint au monde avec une cicatrice à la tête; cette cicatrice lui venait de la chute de cheval qu’avait faite sa mère.

Et qu’ici, encore une fois, je renouvelle tous mes remercîments aux excellentes gens qui nous avaient donné l’hospitalité; je leur garde, qu’ils le croient bien, une éternelle reconnaissance. Dans le camp, où nous manquions des choses les plus nécessaires, et où je n’eusse certes pas trouvé un mouchoir à donner à la pauvre accouchée, elle n’eût pu triompher à ce moment suprême, où la femme a besoin de tant de forces et de tant soins.

Je me décidai néanmoins, pour aider mes pauvres chéris, car bien des choses manquaient, à faire un petit voyage à la Settembrina pour y acheter quelques vêtements. J’avais là de bons amis, et parmi eux un excellent nommé Blingini; je me mis donc en voyage à travers les campagnes inondées, et où j’avais de l’eau jusqu’au ventre de mon cheval; je passai au milieu d’un champ autrefois cultivé, nommé Rossa-Velha, où je rencontrai le capitaine de lanciers Massimo, lequel me reçut en bon compagnon; il était dans cet excellent hivernage préposé à la garde des chevaux.

J’arrivai là, le soir, avec une pluie torrentielle; et le second jour n’étant pas meilleur, le bon capitaine fit tout ce qu’il put pour me retenir.