En tout, six officiers supérieurs, trente officiers secondaires, cinq médecins, dix avocats, un prince; tous illustres par les dons de l’intelligence, tous remarquables par les qualités du cœur.
Deux avaient été arrêtés et furent exécutés; c’étaient le lieutenant de carabiniers Jean-Baptiste Lanari, le capitaine Giacomo Garelli. L’exécution eut lieu, pour l’un, le 2 juillet, pour l’autre, le 25 août.
Un des principaux coupables était sans contredit Charles-Albert. Il avait proclamé la constitution, non pas, comme l’ont dit ses partisans, sauf l’approbation de Carlo-Felice, mais dans ces termes, qui sont loin d’admettre la réserve:
«Nella fiducia che Sua Maesta il re mosso d’al istesse considerazioni, SARA PER RIVESTIRE questa deliberazione della sua sovrana approvazione: la costituzione di Spagna SARA PROMULGATA E OSSERVATA COME LEGGE DELLO STATO.»
Aussi, au reçu de la lettre qui lui notifiait le refus du roi Carlo-Felice, le prince de Carignan courut-il à Modène; mais le roi refusa de le recevoir, et le duc lui fit intimer l’ordre de quitter ses États. Le prince de Carignan se retira à Florence, près du grand-duc de Toscane; il ne s’agissait point pour Charles-Albert d’un simple exil ou d’une disgrâce momentanée, il s’agissait de la perte du trône du Piémont. Le bruit se répandit que Charles-Félix léguerait la couronne au duc de Modène, et que celui-ci, qui avait manqué le trône dans la conspiration des princes italiens contre l’Autriche, cette fois, atteindrait le but de ses incessants désirs.
Le prince de Carignan confia sa position au comte de la Maisonfort, notre ministre à Florence. Le comte de la Maisonfort écrivit aussitôt à Louis XVIII.
Voici un fragment de la lettre de notre ministre:
«Pour déposséder le prince de Carignan de son héritage, il est question d’appeler au trône la duchesse de Modène, fille aînée du roi Victor. Cette facilité à écarter la maison de Savoie d’un trône qu’elle a fondé, cette ingratitude, cachet du siècle où nous vivons, ne peut être partagée ni soutenue par le chef d’une maison dix-huit fois alliée avec elle, et cette politique ne peut être celle du gouvernement français, qui a au moins le droit d’exiger l’entière indépendance du souverain qui tient la clef de l’Italie.»
Louis XVIII fut de l’avis de son ministre; il écrivit au prince de Carignan qu’il lui offrait un refuge à la cour de France. C’était lui dire: «Vous n’avez rien à craindre, je prends vos intérêts entre mes mains, je ne permettrai pas qu’un autre que vous soit roi du Piémont.»
En effet, le roi qui avait octroyé la charte à son peuple, ne pouvait faire un crime à un prince d’avoir promis au sien une constitution qui n’avait pas été reconnue.