Mais il fallait que le prince de Carignan fît amende honorable aux yeux de la Sainte-Alliance.

Des trois constitutions nées du carbonarisme, l’une, celle du Piémont, avait été étouffée à sa naissance, des propres mains du roi Carlo-Felice; l’autre, celle de Naples, avait été anéantie par l’invasion autrichienne; la troisième, la seule survivante, celle d’Espagne, allait être mise à néant par l’intervention française.

Il s’agissait pour le prince de Carignan, qui avait proclamé la constitution d’Espagne à Turin, d’aller combattre à Madrid la constitution d’Espagne.

Le breuvage était amer à avaler; mais, si Paris valait bien une messe, le Piémont valait bien une médecine.

Le prince de Carignan cacha sa rougeur sous les longs poils d’un bonnet de grenadier, fit la campagne d’Espagne, et fut un des vainqueurs du Trocadéro; de sorte que, quand Carlo-Felice mourut, le 27 avril 1831, le prince de Carignan monta sans trop de difficulté sur le trône, sous le nom de Charles-Albert.

L’Autriche, qui eût préféré voir là son archiduc de Modène, jeta les hauts cris; elle présenta aux rois Charles-Albert comme un carbonaro; et, aux carbonari Charles-Albert comme un traître.

Elle mentait doublement.

Charles-Albert n’était point un carbonaro; la proclamation par laquelle il donnait la constitution démontrait qu’il donnait cette proclamation comme contraint et forcé.

Charles-Albert n’était point un traître, n’ayant pas pris d’engagement personnel; c’était tout simplement un prince qui avait l’ambition de devenir roi.

La honte d’aller abolir à l’autre bout de l’Europe la constitution qu’il avait proclamée à Turin était effacée par le courage du grenadier; le soldat avait absous le prince.