Cette terreur était si grande, que, lorsque ce cri retentissait: «Le chef di Mattos!» toutes les fenêtres se fermaient, toutes les portes se verrouillaient, comme si l’on eût crié au chien enragé.
L’Indien était habitué à ces signes de terreur, qui flattaient son orgueil.—Il choisissait la porte qu’il lui plaisait de se faire ouvrir, y frappait, et la porte ouverte,—ce qui se faisait avec la célérité de l’effroi,—il pouvait dévaliser la maison tout entière sans que maîtres, voisins ou habitants, quels qu’ils fussent, songeassent à inquiéter sa retraite.
Or, depuis deux mois, Anzani dirigeait la maison de commerce dans les plus grands comme dans les plus petits détails, à la grande satisfaction de ses deux patrons, lorsque ce cri terrible retentit:
—Le chef di Mattos!
Comme d’habitude, portes et volets se fermèrent précipitamment.
Anzani était seul à la maison, occupé à relever les comptes de la semaine. Il ne jugea point que la bruyante annonce que l’on venait de faire valût la peine de se déranger, et resta en conséquence derrière son comptoir, porte et fenêtres ouvertes.
L’Indien s’arrêta étonné devant cette maison qui, au milieu du bouleversement général que causait sa présence, paraissait indifférente à sa venue.
Il entra et vit, de l’autre côté du comptoir, un homme au visage placide qui faisait ses comptes.
Il s’arrêta en face de lui, les bras croisés et le regardant avec étonnement.
Anzani leva la tête.