Nous eûmes une douzaine de morts et vingt blessés, parmi lesquels le brave capitaine Ferrari, qui reçut un coup de baïonnette dans le pied.
La perte des Napolitains fut d’une centaine d’hommes.
Le résultat matériel, comme on le voit, était peu de chose, mais l’effet moral était grand.
Deux mille cinq cents soldats de Garibaldi avaient mis en complète déroute six mille Napolitains.
Environ vingt pauvres diables de prisonniers, presque tous de la réserve et, par conséquent, arrachés à leurs familles et forcés de combattre pour une cause qui n’était pas la leur, furent conduits devant Garibaldi. Tremblants et les mains jointes, ils lui demandèrent la vie. C’étaient de beaux hommes, bien vêtus, mais détestablement armés de pesants fusils à pierre, avec des sacs pleins d’images de saints et de madones, de reliques et d’amulettes.
Ils en avaient au cou, ils en avaient dans leurs poches, ils en avaient partout. Ils dirent que le roi était à Albano avec deux régiments suisses, trois de cavalerie et quatre batteries; on attendait d’autres renforts de Naples.
Eux, sous les ordres du général Zucchi, avaient été envoyés pour prendre Palestrina et s’emparer de Garibaldi, qui leur inspirait une terreur qu’on ne saurait imaginer.
Nous campâmes la nuit hors de Palestrina.
Le jour suivant, nous nous avançâmes, pour occuper des avant-postes, deux milles plus loin; nos patrouilles s’aventurèrent jusque dans les lignes ennemies, qui avaient leurs piquets à quatre milles de distance.
Pour ne pas rester à ne rien faire, nous faisions manœuvrer nos soldats, qui, depuis Solaro, n’avaient pas une seule fois fait l’exercice. C’était un beau et encourageant spectacle pour notre cause républicaine que de voir ces hommes qui, à un quart de lieue de l’ennemi, apprenaient le maniement des armes dont ils allaient se servir contre lui, et qui, au son de la trompette et du tambour, étudiaient l’école de peloton et le feu des tirailleurs.