L’état-major avait oublié de prévoir le cas.
Par bonheur, j’avais pris avec moi quelques têtes de bétail; mes hommes en prirent d’autres au lasso; on tua, on écartela, on fit rôtir et l’on mangea.
Il est vrai que, lorsque je me plaignis de ce manque de prévoyance qui avait failli faire mourir de faim l’expédition, il me fut répondu qu’on eût craint, en réunissant des vivres, de donner l’éveil à l’ennemi.
Très-bien!
Nous restâmes à peu près trente heures dans cette bourgade, d’où nous partîmes sans pain, comme nous y étions arrivés.
Le 18 mai, l’ordre de départ fut donné à une heure de l’après-midi; mais on ne se mit réellement en marche qu’à six heures du soir. Ces sortes de haltes sont plus fatigantes que des marches forcées.
Enfin, à six heures, je pus me remettre à la tête de la brigade d’avant-garde, et je partis pour Valmontone. Les autres brigades me suivaient. J’avais ordonné le plus grand silence dans les rangs, la plus grande surveillance en tête et sur les flancs. J’avais reçu l’avis que l’armée napolitaine était campée à Velletri avec dix-neuf à vingt mille hommes, dont deux régiments suisses et trente pièces de canon.
On disait que le roi de Naples en personne se trouvait dans la ville.
En effet, les royaux occupaient Velletri, Albano et Frascati; leurs avant-postes venaient jusqu’à Fratocchi. Ils avaient leur aile gauche protégée par la mer, leur aile droite appuyée aux Apennins; après que j’eus abandonné Palestrina, ils l’avaient occupée, et dominaient ainsi la vallée où se trouvait le seul chemin praticable à une armée venant de Rome pour les attaquer. Ils pouvaient donc nous opposer une résistance sérieuse; puis ils avaient sur nous l’avantage de la position, l’avantage du nombre, l’avantage des canons et celui de la cavalerie.
Mais l’heureux résultat de la première entreprise était une promesse du sort pour la seconde. Les troupes du roi de Naples, d’ailleurs, étaient complétement démoralisées, et, on le sait, en guerre, le moral est tout.