Mon cheval avait fait comme moi: il s’était relevé. Je m’élançai sur son dos, et me fis reconnaître de nos hommes, qui pouvaient me croire mort, en mettant mon chapeau au bout de mon sabre et en l’agitant. D’ailleurs, j’étais bien reconnaissable, étant le seul vêtu d’un puncho blanc à doublure rouge.

De grands cris accueillirent ma résurrection.

Dans sa fougue, la charge de cavaliers napolitains avait pénétré jusqu’à notre réserve, tandis que les bataillons de ligne, serrés en colonne, les suivaient. Cette ardeur même les perdit; car, n’ayant plus leurs flancs protégés par le régiment de chasseurs à pied, trouvant les nôtres embusqués sur toutes les collines de droite et de gauche, notre réserve en tête, ils se présentèrent comme une cible aux coups de nos soldats.

Je fis en ce moment demander du renfort au général en chef, lui disant que je croyais la bataille bien engagée.

On me répondit qu’on ne pouvait pas m’en envoyer, les soldats n’ayant pas mangé la soupe.

Je résolus alors de faire ce que je pourrais avec mes propres forces, par malheur toujours insuffisantes dans les circonstances décisives.

Je fis sonner la charge sur toute la ligne; nous étions quinze cents contre cinq mille.

Au même instant, nos deux pièces de canon furent mises en batterie et tonnèrent; le feu des tirailleurs redoubla, et mes quarante ou cinquante lanciers, conduits par Marina, s’élancèrent sur trois ou quatre mille hommes d’infanterie.

Cependant Manara, qui était à deux milles de nous, à peu près, entendait notre feu et faisait demander au général en chef la permission de marcher au canon.

Au bout d’une heure, on la lui accorda.