A peine eus-je appris cette nouvelle, que, ne voulant pas laisser le corps d’un si brave officier exposé aux insultes de l’ennemi, je pris une centaine d’hommes qui me tombèrent sous la main et je chargeai avec eux.

Je repris le corps du colonel.

Mais alors ce furent les soldats d’Oribe qui s’acharnèrent, et il arriva à l’ennemi un tel renfort d’hommes, que je me trouvai enveloppé. Les nôtres, voyant cela, vinrent à mon secours, si bien que, peu à peu, toute la légion se trouva aux prises.

Exaltés par ma voix, mes hommes alors s’élancèrent en avant, culbutèrent tout, prirent une batterie et chassèrent l’ennemi de ses positions.

Mais bientôt il revint sur nous en masse.

Toutes les forces, ou à peu près toutes les forces de la garnison sortirent; le combat devint général et dura huit heures.

Nous avions été obligés d’abandonner les positions prises du premier élan; mais nous avions fait subir à Oribe une perte énorme, et nous rentrâmes à Montevideo, vainqueurs en réalité et convaincus désormais de notre supériorité sur l’ennemi.

Nous avions eu soixante hommes tués ou blessés.

Je m’étais laissé emporter à charger comme un simple soldat; je n’avais donc vu que ce qui se passait autour de moi.

Mais, au milieu de la mêlée, j’avais aperçu Anzani combattant avec son calme ordinaire, et je savais que, dominant la lutte, aucun détail ne lui avait échappé.