—J’ai mon compte, me dit-il en passant devant moi.
Il me montra sa poitrine ensanglantée.
J’ai vu de bien terribles combats, j’ai vu nos combats de Rio-Grande, j’ai vu la Boyada, j’ai vu le Salto San-Antonio, je n’ai rien vu de pareil à la boucherie de la villa Corsini.
Je sortis le dernier, mon puncho criblé de balles, mais sans une seule blessure.
Dix minutes après, nous étions rentrés dans le Vascello, dans la ligne de maisons qui nous appartenaient, et le feu recommençait de toutes les fenêtres sur la villa Corsini.
Il n’y avait plus rien à faire.
Cependant, le soir, une centaine d’hommes, conduits par Émile Dandolo, le frère du mort, et par Goffredo Mameli, jeune poëte génois de la plus grande espérance, vinrent me demander de faire une dernière tentative.
—Faites, leur dis-je, pauvres enfants; c’est peut-être Dieu qui vous inspire.
Ils partirent et revinrent, après avoir perdu la moitié des leurs.
Émile Dandolo avait la cuisse traversée; Mameli était blessé à la jambe.