Voici quel était le plan:
Attaquer le corps d’observation du Cerro; voyant cette attaque, Oribe enverrait au secours du Cerro et s’affaiblirait d’autant; pendant ce temps, la garnison sortirait et attaquerait le camp.
Nous suivîmes les bords de la mer, nous passâmes l’Arroyo-Seco, qui, malgré son nom, nous mit de l’eau jusque sous les épaules.
Au delà, nous prîmes la plaine et nous contournâmes le campement.
Nous marchions avec de telles précautions, que nous ne réveillâmes personne.
Enfin nous arrivâmes en vue du corps d’observation.
La garnison du Cerro devait sortir et seconder notre attaque. Une discussion s’éleva entre les deux officiers qui commandaient au Cerro, et qui tous deux voulaient prendre le commandement. Les dix-huit cents hommes en fuite, nous devions revenir sur Oribe et le prendre entre deux feux, le nôtre et celui de la garnison de la ville. Cette discussion fit tout manquer; la garnison sortit; mais, maître de toutes ses forces, Oribe la repoussa, et ce fut lui qui, à son tour, put marcher sur nous et exécuter le plan de bataille formé contre lui.
Nous fûmes donc attaqués à la fois par l’armée d’Oribe et par le corps d’observation; nous n’avions qu’une chose à faire: nous mettre en retraite sur le Cerro et faire, en reculant, le plus de mal possible à l’ennemi.
Je pris le commandement de l’arrière-garde, afin de soutenir cette retraite le plus vigoureusement que je pourrais.
Il y avait, entre nous et le Cerro, une espèce de rivière fangeuse qu’on appelait la Boyada. Il fallait la traverser avec de la boue jusqu’au ventre.