Il avait tout à la fois la naïveté d’un enfant, la foi d’un martyr, la science d’un érudit, le courage calme d’un héros.
Il était né à Cento, d’un père Bolonais, mais, comme André Chénier, d’une mère Grecque. Son prénom était Joseph; mais, en se faisant barnabite, il s’était imposé celui de Ugo, en souvenir, sans doute, de notre poëte patriote Ugo Foscolo.
Il était donc de race latine et hellénique à la fois, les deux races les plus belles et les plus intelligentes du monde. Il avait les cheveux bruns et roulés en anneaux naturels, les yeux brillants comme le soleil, tantôt calmes, tantôt fulgurants, la bouche souriante, le cou blanc et long, les membres agiles et robustes, le cœur de feu pour la gloire et le danger, les instincts doux et honnêtes, l’esprit élevé, chaud, rapide, fait à la fois pour les pieuses contemplations de l’anachorète et les ardeurs irrésistibles de l’apostolat.
Ses études furent, non point un labeur, mais une conquête. Il enleva au pas de course la littérature, la science des arts, et, comme le miroir de toute science, il savait par cœur le poëme entier de Dante. Six mois lui suffirent pour apprendre le grec; quant au latin, il le parlait comme sa langue maternelle et faisait des vers dans le genre de ceux d’Horace; il écrivait au courant de la plume l’anglais et le français, et, quand les événements le conduisaient au milieu de nos combats, il portait constamment sur lui Shakspeare et Byron. Le tragique anglais et le poëte qui mourut à Missolonghi écoutaient les patriotiques pulsations de son cœur.
Il était, en outre, peintre et musicien.
De même que j’avais cru au pape Pie IX, Ugo Bassi y crut de son côté.
Pie IX succédait à Grégoire XVI, Pie IX donnait l’amnistie, Pie IX promettait des réformes, Pie IX était porté au ciel par tous les Italiens, admiré par les étrangers, imité par les autres princes de l’Italie.
Le 25 mars 1848, la croisade partit de Rome; les augures paraissaient annoncer tous l’unification de l’Italie.
Sa route fut un triomphe perpétuel. Des champs les plus lointains accourait la dure race latine. Elle venait chercher et reportait l’heureuse nouvelle que l’Italie était arrivée au jour de la résurrection, et que son peuple, au front à la fois mouillé de sueur et de sang, allait enfin être libre.
Ugo Bassi était à Ancône, où il prêchait le carême. La première légion de volontaires y arriva; Ugo la harangua sur la place, et, prenant argument du malheureux état dans lequel il voyait leurs armes et leurs vêtements, il idéalisa de sa puissante parole leur misère, dont nos ennemis faisaient une raillerie.