Dans la nuit du 4 juin, tandis que nos adversaires simulaient une attaque sur la porte Saint-Pancrace, la tranchée fut ouverte à trois cents mètres de la place, et deux batteries de siége furent dressées, l’une à cent mètres en arrière de la parallèle, pour éteindre le feu du bastion no 6, l’autre à la droite de la parallèle, pour faire face à la batterie romaine de Vestaccio et de Saint-Alexis. La parallèle s’appuyait à droite à des hauteurs inattaquables, à gauche à la villa Pamphili.
Dès le point du jour, j’avais fait appeler Manara, et je l’avais prié de résigner son titre de colonel des bersaglieri, pour accepter le grade de mon chef d’état-major. C’était lui demander un grand sacrifice, je le savais; mais Manara était plus apte que qui que ce fût à cette fonction. Il était d’une valeur exemplaire, d’une rare tranquillité d’âme au milieu du danger, d’un coup d’œil sûr dans le combat; il avait fait de ses bersaglieri les troupes les mieux disciplinées de l’armée. Il parlait quatre langues; enfin, son aspect avait cette dignité qui convient aux grades élevés. Il accepta.
Le reste de mon état-major se composait des majors Cenni et Bueno, des capitaines Caroni et Davio, de deux Français, excellents officiers, nommés Pilhes et Laviron; du capitaine Ceccadi, qui, pendant ses services en Espagne et en Afrique, avait mérité la croix d’Espagne et la croix de la Légion d’honneur; de Silco et de Stagnetti, qui, à Palestrina, conduisait les émigrés; du lieutenant de cavalerie Gili, du courrier Giannuzzi, et finalement d’un membre de l’Assemblée, le capitaine Cessi.
Manara organisa d’abord l’état-major dans l’intérieur: tout le monde voulait demeurer avec moi à la villa Savorelli; nous avions la vue de la campagne, et rien ne se passait qui ne fût sous nos yeux.
Il est vrai que la distraction n’était pas sans danger. Comme on savait que la villa Savorelli était mon quartier général, boulets, obus et balles, tout était pour moi. C’était surtout lorsque je montais, pour mieux voir, sur le petit belvédère qui dominait la maison, que la chose devenait curieuse. C’était une véritable grêle de balles, et je n’ai jamais entendu tempête avec pareils sifflements. La maison, secouée par les boulets, remuait comme dans un tremblement de terre. Souvent, pour donner du travail aux artilleurs et aux tirailleurs français, je me faisais servir à déjeuner sur ce belvédère, qui n’avait d’autre protection qu’un petit parapet en bois. Alors j’avais, je vous en réponds, une musique qui me dispensait de faire venir celle du régiment.
Ce fut bien pis quand je ne sais quel mauvais plaisant de l’état-major s’amusa à arborer au paratonnerre qui surmontait la petite terrasse une bannière, où étaient écrits en grosses lettres ces mots:
BONJOUR, CARDINAL OUDINOT!
Le quatrième ou cinquième jour que je donnais cette distraction aux tirailleurs et aux artilleurs français, le général Avezzana vint me voir, et, ne trouvant pas les fenêtres du salon à une hauteur suffisante, il me demanda si je n’avais pas quelque lieu plus élevé d’où il pût regarder dans la plaine.
Je le conduisis à mon belvédère.
Sans doute les Français voulurent lui faire honneur; car à peine y étions-nous, que la musique commença.